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Cloud Atlas aka Cartographie des nuages (2012)
de Lana & Lilly Wachowski et Tom Tykwer
publié le samedi 2 avril 2016

Cf. Printemps 2014
Les saisons, chronique DVD

par Jérôme Fabre
Jeune Cinéma n°360, été 2014

Sortie le mercredi 13 mars 2013.

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C’est un autre genre de croyance en les images, mais tout aussi absolue, dont font montre les Wachowski, qui cherchent depuis leurs débuts à embrasser le plus largement possible les multiples facettes d’une histoire, en utilisant les dernières technologies, en tordant la narration : une forme d’ambition devenue rare.

Leur adaptation du roman foisonnant et complexe de David Mitchell, Cloud Atlas, (*) qui mêle sur six siècles six aventures aux genres différents mais aux personnages récurrents (avatars, réincarnations - symboles d’un éternel recommencement ? - chaque acteur endossera dès lors une multitude de rôles), est une hydre effroyable et fascinante.

D’abord parce que le réalisateur a maintenant trois têtes (le duo s’étant adjoint Tom Tykwer), ensuite parce que la chose est à première vue protéiforme, et à dernière vue informe (la structure du livre a été complètement démontée) : en montage alterné, chaque membre-intrigue croît de façon sauvage, puis semble se rétracter, puis prolifère à nouveau, bourgeonne soudainement, comme si sa folle évolution dépendait des desseins concurrents et contradictoires d’esprits pour certains prodigues, pour d’autres mesquins, se disputant la même toile.
Autant dire que ce n’est absolument pas tenu, ce qui nous évite le film polyphonique bien mécanique et barbant à la Altman, les réalisateurs semblant peu soucieux d’homogénéité, de tisser les liens, de compléter le puzzle ou de rassembler tout un chacun dans un finale où "tout fait sens", mais plutôt, dans une fuite en avant aux rênes de leur attelage monstrueux, de débusquer quelques échos, jeter quelques passerelles, recueillir quelques énigmes, quitte à devoir recoller à la hâte les morceaux pour donner le change à l’amateur de grandes fresques de science-fiction bien ajustées.
Quel est donc le manifeste des auteurs derrière ce haché de cinéma qui a fait leur marque de fabrique (se rappeler, pour ce qui concerne Tykwer, Cours, Lola, cours (1998) ou L’Enquête (2009)), qui semble mendier quelques moments de grâce dans un océan de laideur new age (mon dieu, le grimage de Tom Hanks…) et avoir tout misé sur L’Oraison de Sonmi-451, film le plus magique, dystopie pas si imaginaire située en Corée du Sud où rayonne la belle, blême et égarée Bae Donna, déjà humanoïde dans le Air Doll (2009) de Kore-eda ?

Car leur enthousiasme ne saurait être remis en cause, il s’agit ici aussi d’un chant d’amour (excessif) au cinéma, certes maladroit et simpliste, qui voudrait donner à voir, dans cette kermesse héroïque, toutes les émotions, dresser l’inventaire de toutes les souffrances, de toutes les erreurs et de tous les questionnements humains, qui s’avèrent au travers des âges toujours les mêmes.

Jérôme Fabre
Jeune Cinéma n°360, été 2014

* Warner Home Vidéo.

Cloud Atlas aka Cartographie des nuages. Réal, sc : Lana & Lilly Wachowski et Tom Tykwer ; d’après Cartographie des nuages de David Mitchell ; ph : Frank Griebe et John Toll ; Alexander Berner ; mu : Reinhold Heil, Johnny Klimek et Tom Tykwer ; déc : Hugh Bateup et Uli Hanisch ; cost : Kym Barrett et Pierre-Yves Gayraud. Int : Tom Hanks, Halle Berry, Jim Broadbent, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Doona Bae, Ben Whishaw, Keith David, James D’Arcy, Xun Zhou, Susan Sarandon, Hugh Grant, Martin Wuttke… (Allemagne-États-Unis, 2012, 172 mn).

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