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Ophuls, Max (1902-1957)
Sur ses quatre derniers films (DVD)
publié le dimanche 3 avril 2016

Max Ophuls : La Ronde, Le Plaisir, Madame de..., Lola Montès.

Cf. Printemps 2014
Les saisons, chronique DVD

par Jérôme Fabre
Jeune Cinéma n°360, été 2014

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Ce qu’il y a de noble chez Max Ophuls, (*) c’est que même lorsqu’il n’y a plus que de la mise en scène, celle-ci se fait le sujet du film et fait oublier qu’un film, c’est généralement autre chose aussi.

Prenez Madame de… (1953), qui fait peau neuve chez Gaumont, une restauration qui n’apporte strictement rien, ce qui est, somme toute, déjà mieux que la plupart des Blu-ray actuels qui, à force de nettoyage et de contrastes, transforment un film policier français en gris en blanc en rejeton de l’expressionisme allemand (les boni sont par ailleurs sans intérêt) : comme dans La Ronde (1950), l’histoire est surfabriquée et impossible (quand la première nous emmenait de personnage en personnage, ici un bijou passe de main en main), les acteurs masculins des momies pathétiques (mention spéciale à Vittorio De Sica, accent roumain et nouvelle dentition), Darrieux, qui ne nous a jamais passionné, exaspérante en poupée mécanique.

Pourtant qui, à part Lubitsch, avec qui Ophuls partage un sentiment de fascination-répulsion pour la haute société, avec laquelle il accorde une mise en scène snob et élégante, peut nous offrir cette scène d’ouverture où une main sans corps effleure avec impatience une riche garde-robe ; ou le plan-séquence qui enchaîne des valses entre la gourgandine corrompue et son vieil amant pathétique, se répétant les mêmes paroles convenues et usées dans des décors changeants ?

Ophuls parvient à donner des accents tragiques à des personnages qui sont, de par leur situation sociale, vides et inutiles, à parer d’un sombre lyrisme une histoire d’amour à deux sous.

Il est tellement talentueux qu’il peut poser également sa marque sur un conte grivois à la Clochemerle, puis sur la chronique renoirienne enchantée en laquelle celui-ci se mue : Le Plaisir (1952, Gaumont) demeure un de mes films préférés, même si je me suis toujours demandé pourquoi diable Ophuls avait appuyé son merveilleux La Maison Tellier sur deux béquilles sans intérêt : le film à sketches était-il, en l’espèce, obligatoire ?
La caméra qui enveloppe élégamment le bordel, passant en revue de l’extérieur chacune de ses pièces, peut avec la même grâce saisir les visages des filles de joie se recueillant lors de la communion solennelle. Ophuls peut tout filmer, tout montrer, c’est entendu, n’importe quoi devient beau sous ses travellings.

Jérôme Fabre
Jeune Cinéma n°360, été 2014

* Coffret Max Ophuls, (Le Plaisir, Lola Montès, Mademe de... et La Ronde) Gaumont.

* La Ronde. Réal : Max Ophuls ; sc : M.O. & Jacques Natanson, d’après la pièce de Arthur Schnitzler ; dial : Jacques Natanson ; ph : Christian Matras ; mont : Leonide Azar ; mu : Oscar Straus ; déc : Jean d’Eaubonne. Int : Gérard Philipe, Simone Signoret, Simone Simon, Danielle Darrieux, Serge Reggiani, Daniel Gélin, Fernand Gravey, Jean-Louis Barrault, Odette Joyeux, Isa Miranda (France, 1950, 110 mn).

* Le Plaisir. Réal : Max Ophuls ; sc : M.O. & Jacques Natanson, d’après trois nouvelles de Guy de Maupassant ; ph : Christian Matras (Le Masque et La Maison Tellier) & Philippe Agostini (Le Modèle) ; mont : Leonide Azar ; dial : Jacques Natanson ; mu : Joe Hajos, Maurice Yvain ; déc : Jean d’Eaubonne ; cost : Georges Annenkov. Int : Claude Dauphin, Gaby Morlay, Paul Azaïs, Gaby Bruyère, Jean Galland, Michel Vadet (Le Masque) ; Madeleine Renaud ; Ginette Leclerc, Danielle Darrieux, Pierre Brasseur, Jean Gabin, Mathilde Casadesus, Henri Crémieux, Paulette Dubost, Louis Seigner (La Maison Tellier) ; Jean Servais, Daniel Gélin, Simone Simon (Le Modèle) (France, 1951, 97 mn).

* Madame de… Réal : Max Ophuls ; sc : M.O. Marcel Achard, et Annette Wademant d’après le roman de Louise de Vilmorin ; dial : Marcle Achard ; ph : Christian Matras ; mont : Boris Lewin ; mu : Oscar Straus et Georges van Parys ; déc : Jean d’Eaubonne. Int : Danielle Darrieux, Charles Boyer, Vittorio De Sica Jean Debucourt, Mireille Perrey, Jean Galland, Hubert Noël, Paul Azaïs, Claire Duhamel (France, 1953, 100 mn).

* Lola Montès. Réal : Max Ophuls ; sc : M.O. & Annette Wademant d’après le roman de Cécil Saint Laurent ; ph : Christian Matras ; mu : Georges Auric ; mont : Madelene Gug ; déc : Jean d’Eaubonne
. Int : Martine Carol, Peter Ustinov, Anton Walbrook, Ivan Desny, Henri Guisol, Lise Delamare (sociétaire de la Comédie-Française), Paulette Dubost, Oskar Werner, Jean Galland (France, 1955, 116 mn).

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