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Sunset Song (2015)
de Terence Davies
publié le jeudi 7 avril 2016

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 30 mars 2016

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Bien sûr, il y a la mélancolie de Terence Davies, qui nous a fait vibrer, parfois aux larmes, tant de fois (1). Même sans sentimentalisme excessif, on ne peut que s’attacher à ces films qui nous arrachent des larmes, tout autant qu’on s’attache à ses propres larmes. Mais voilà, il y a des limites. Et, il faut bien le dire, Sunset Song est une grosse déception.

Qu’est-il arrivé à Terence Davis ? Tombé amoureux de l’écrivain écossais Lewis Grassic Gibbon (2), mort prématurément, au point d’être absorbé par lui et de se perdre dans le passé, incapable de trouver son propre style ?

Pourquoi cette énième histoire naturaliste qui n’offre aucune échappée au-delà de sa propre narration ?
Quant Davies réalise Chez les heureux du monde, (2000) il fait un film daté certes, mais qui débouche sur une thématique sociale toujours présente.
Et puisqu’on est dans les comparaisons, Loin de la foule déchaînée de Schlesinger (1967), malgré sa cinquantaine, est plus moderne. Peut-être faudrait-il comparer Lewis Grassic Gibbon et Thomas Hardy.

Ici, on baigne dans un misérabilisme à encéphalogramme plat, sans que jamais aucun épisode vienne nous surprendre. On sait d’avance que Peter Mullan est trop méchant pour durer, que le fils va partir, que la fille va se marier et que son si gentil mari va changer lorsque la guerre va l’appeler. On nage dans un Zola d’époque, avec déterminisme, "dans son jus" dirait un brocanteur.

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Et puis, à l’intérieur même de ce parti-pris il y a des errances, de réalisme, de scénario…

Après trente ans au milieu des vaches et des meules de foin, l’héroïne (Agyness Dein) demeure aussi fraîche qu’aux premiers jours sans qu’une ombre de vieillissement perturbe ses traits, toujours soigneusement propres - comme toutes les fermières écossaises du début du siècle dernier, chacun le sait.

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Et pourquoi le dernier quart d’heure est-il consacré uniquement à l’époux et à son exécution sur le front pour lâcheté ? C’est donc lui le héros, d’un coup ?

Alors - il faut en convenir - la photo est superbe, et il y a des mouvements de caméra magnifiques, le panoramique à la grue qui survole le camp des prisonniers pour finir sur le gros plan du soldat à travers la fenêtre, le travelling presque final au-dessus des barbelés…

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Mais c’est du cinéma d’un autre âge et quel ennui !
Qu’est-il donc arrivé à Terence Davies, tendrement aimé ?
Ce film est triste comme une ballade écossaise.

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Peut-être faudrait-il justement voir et entendre Sunset Song uniquement comme un film musical ? Dans les films de Davies, on chante toujours, mais les chants sont comme des aparté. Là, ils seraient la structure même, la narration même, et il faudrait s’échapper des personnages pour ne fréquenter que les chanteurs et leur musique ?

On est prêt à tout lui pardonner, à Terence Davies.
Peut-être faudrait-il retourner voir Sunset Song, avec un autre regard et une autre écoute.
Ou se procurer ses DVD. (3)
Ou les deux.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe (avril 2016)

1. On a découvert Terence Davies avec La Bible de néon (1996), et ce n’était pas triste mais étrange. Mais plus on entrait dans l’œuvre, plus on rencontrait son immense mélancolie et sa nostalgie tenace, de Children (1976) à The Deep Blue Sea (2012), en passant, évidemment par Distant Voices, Still Lives (1988) et surtout Of Time and the City (2008).

2. Lewis Grassic Gibbon, alias James Leslie Mitchell (1901-1935), Sunset Song (1932).

3. The Trilogy (3 films, 1976-1983) ; Terence Davies Collection (six films) ; Distant Voices, Still Lives (1988) ; The Long Day Closes (1992) ; Of Time and the City (2008). BFI.

Sunset Song. Réal : Terence Davies ; ph : Michael McDonough ; mont : David Charap & Ruy Diaz ; déc : Andy Harris ; cost : Uli Simon ; mu : Gast Waltzing. Int : Agyness Deyn, Peter Mullan, Kevin Guthrie (Grande-Bretagne-Luxembourg, 2015, 132 mn).

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