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Wallabout (2014)
de Eric McGinty
publié le mardi 12 avril 2016

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 13 avril 2016

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Eric McGinty, dont c’est le premier long métrage, a travaillé à Paris comme acteur et régisseur au théâtre.
Tourné avec trois bouts de ficelle dans des décors naturels ou des appartements d’amis, Wallabout lorgne vers le cinéma underground des belles années 70, mais sans aller aussi loin dans la provocation.
Ce film indépendant américain dresse un portrait quelquefois tendre, souvent sévère, d’une jeune fille malchanceuse, pour tenter d’apporter une réponse à la manière dont les autres la perçoivent.

Alex, diminutif d’Alexandra, revient à New York pour se faire larguer par un homme rencontré dans une boîte, perdre son logement et son emploi.
Ça fait beaucoup pour une seule femme, également persécutée par la deuxième épouse de son père impotent, même si on ne la sent pas tellement accablée.

Le réalisateur explique son itinéraire : "C’est une femme, dans la trentaine, qui vient de retourner à New York après avoir passé dix ans en France où elle était la maîtresse et la muse d’un célèbre cinéaste. Quand Alex avait quitté New York, dix ans auparavant, elle venait de réaliser un documentaire personnel sur la mort de son demi-frère. Son film avait gagné des prix dans divers festivals. Quand elle revient à Brooklyn, Alex a du mal à se réintégrer dans le milieu artistique où elle s’épanouissait avant de partir de New York. elle a subi de nombreuses épreuves dans sa vie. C’est un être déchu qui s’efforce de sortir d’un trou. Et des éléments de son passé surgissent qui s’avèrent douteux incitant beaucoup de ses anciens amis et membres de sa famille à refuser leur soutien."

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On a un peu de mal à percevoir la véritable personnalité de Ivy Elrod qui interprète le rôle d’Alex, et qui évoque, dans un genre moins destroy, la Anna Thomson de Sue perdue à Manhattan de Amos Kollek avec qui Eric McGinty a d’ailleurs travaillé. (1)

Alex vit de ses atouts passés, dont ce mystérieux documentaire dont tout le monde parle, et de ses relations tumultueuses avec un cinéaste français. Le film propose un portrait en demi-teinte d’une femme moderne, partagée entre deux mondes, deux appartenances sociales, puisqu’elle est eurasienne, et tiraillée entre le monde artistique et celui des convenances que voudrait lui imposer sa belle-mère.

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Wallabout est un quartier de Brooklyn où Alex aime bien se promener et emmener ses amoureux. Il est significatif de son état d’esprit, non seulement parce qu’elle-même est un peu "à l’ouest", mais parce que ce quartier, à la fois industriel et oublié, est aussi historique. Walt Whitman y a vécu. Et Eric McGinty se réfère à son poème The Wallabout Martyrs. (2)

Alex, qui rêve de partir travailler au Canada, est elle aussi une martyre de la société américaine.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe (avril 2016)

1. En France, Eric McGinty a été assistant notamment de Cédric Klapish, Olivier Baroux, Olivier Nakkache et Éric Toledano, Rachid Bouchareb. Il a travaillé avec Amos Kollek pour Queenie in Love (2001).

2. Walt Whitman (1819-1892), The Wallabout Martyrs, in Feuilles d’herbe (Leaves of Grass), Brooklyn-New York 1855. Traduit en français en 1909 par Léon Balzagette (biographe de Walt Whitman, traducteur de Thoreau et cofondateur de la revue Europe) ; puis notamment par Jules Laforgue (NRF, 1918) et Jacques Darras (Gallimard, 2002).

Wallabout. Réal, sc : Eric McGinty ; ph : Christopher Reymond ; mont : Elizabeth Zephyrine McDonough ; mu : Vernon Reid. Int : Ivy Elrod, Steve Ward, Jo-Anne Lee (USA, 2014, 102 mn).

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