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Fils de Joseph (le) (2016)
de Eugène Green
publié le mercredi 20 avril 2016

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection de la 66e Berlinale 2016

Sortie le mercredi 20 avril 2016

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Ce film est certainement le film le plus abouti de Eugène Green, celui qui a le scénario le plus écrit et le plus crédible.

L’histoire se passe en partie dans le monde ultra fermé et snob de l’édition germanopratine, et Mathieu Amalric y incarne le rôle du père, directeur d’une maison d’édition, Oscar Pormenor, qui a installé ses bureaux dans une suite de l’hôtel Clovis.

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On pourrait s’interroger sur le nom de ce premier roi des Francs donné à un hôtel de luxe parisien, car Clovis symbolise une période sombre de l’Histoire de France : les tribus germaniques ont reculé les frontières de l’Empire, les légions romaines ont perdu de leur efficacité face à la ferveur barbare, le monde entre progressivement dans le Moyen Âge. Reflet déformé de notre époque ?

Cette partie du film qui détaille avec humour et cruauté le monde littéraire est la plus satirique. Pormenor est toujours flanqué d’une critique littéraire nunuche, ridicule et prétentieuse, Violette Tréfouille (Maria de Medeiros, excellente).

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"La satire m’est naturelle, déclare Eugène Green, lorsqu’il s’agit de parler de milieux que je connais et dont je souhaiterais faire ressortir les traits un peu grotesques. Je n’ai pas particulièrement eu de problèmes avec les maisons d’éditions avec lesquelles j’ai travaillé pour mes livres, mais il y a toujours une dimension un peu risible lorsqu’on n’évolue que dans des cercles fermés."

Le Fils de Joseph est divisé en cinq parties et traite, comme le film précédent, La Sapienza (2015), de la transmission entre un jeune homme et un homme adulte.
Ces cinq séquences dûment annoncées ont toutes trait à des passages de la Bible.

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Dans la chambre du jeune homme, élevé seul par sa mère (Natacha Régnier) abandonnée par son père, l’ignoble Pormenor justement, trône une reproduction du tableau du Caravage, Le Sacrifice d’Abraham, comme pour signer la trahison paternelle. Même si cette sorte de poster est rare dans une chambre d’adolescent, elle n’est pas plus épiphanique que le langage classique et exagérément articulé que tous les personnages utilisent.

"Le Sacrifice d’Abraham" constitue justement la première partie du film.

La deuxième partie, "Le Veau d’or", particulièrement désopilante, se passe dans le milieu de l’édition parisienne.

"Le Sacrifice d’Isaac" constitue la troisième partie du film.
Tout lecteur de la Bible est sans doute en droit de se demander pourquoi Dieu demande à Abraham de sacrifier son propre fils Isaac, jusqu’à le transformer in fine en bélier. Et, dans cette troisième partie, Green va s’employer à "un renversement du mythe", comme il le déclare : c’est ici que Vincent (Victor Ezenfis, prometteur) tente de sacrifier son père dans une séquence particulièrement bien menée, digne du théâtre de boulevard ou d’un film de Resnais.

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La quatrième partie, "Le Charpentier", est entièrement consacrée à la rencontre entre Vincent et le propre frère de son père (Fabrizio Rongione, déjà vu chez les Dardenne et dans La Sapienza), et s’assimile au passage de la Bible qui unit Jésus à Joseph qui n’était pas son père de sang.

Enfin, l’ultime partie, "La fuite en Égypte", rassemble mère, fils et père adoptif, qui vont quitter Paris pour rejoindre la Normandie, sur un âne, à l’image du couple biblique.

"Ce rapport à la Bible, reprend Eugène Green, est important pour moi, comme tout ce qui fait partie de ma culture, et donc de mon expérience vitale."

Il en va de même pour la belle langue française utilisée, la passion, la passation, la bonté et le mystère mystique, notamment dans la séquence filmée dans l’église baroque Saint-Roch, où l’on écoute entièrement un morceau de Domenico Mazzocchi (1592-1665).

Ce très beau film quasi magique installe dans la sérénité et la méditation le spectateur, bercé par la beauté des images, le mystère du mythe et l’irréalisme voulu des situations.
Ce dernier aspect est suffisamment marqué pour qu’on soit étonné d’apprendre que le film a été coproduit par les frères Dardenne, dont le cinéma est pourtant diamétralement opposé.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Le Fils de Joseph. Réal, sc : Eugène Green ; ph : Raphaël O’Byrne ; mont : Valérie Loiseleux ; mu : Adam Michna Otradovic, Emilio de Cavallieri. Int : Vincent Ezenfils, Mathieu Amalric, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione, Maria de Medeiros, Jacques Bonnaffé (France-Belgique, 2016, 115 mn).

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