Revue 1895 (2000)
Louis Feuillade
publié le dimanche 15 avril 2001

par Alain Virmaux
Jeune Cinéma n°267, mars-avril 2001

Revue 1895, spécial Louis Feuillade (octobre 2000), sous la direction de Jacques Champreux, Alain Carou et François de la Bretèque.

Notre connaissance de Feuillade avait été largement dégrossie et entamée par les travaux successifs de Francis Lacassin. Dernier en date : un bel album joliment illustré, Maître des lions et des vampires, Louis Feuillade (éd. Pierre Bordas et fils, 1995).

Pour aller plus loin, il fallait choisir l’investigation pointue.
C’est le parti adopté par 1895, qui propose un copieux ensemble de contributions fort savantes, dignes d’un colloque à Cerisy.
Le morceau de résistance en est une longue et minutieuse étude de Jacques Champreux (plus de 80 pages) sur les films à épisodes de son grand-père : Fantômas, Les Vampires, Judex

D’autres études sont consacrées à Vendémiaire, aux cinévaudevilles, à une bande de la série "Le Film esthétique" qui suscita un procès, aux films annonciateurs du peplum, aux "romans-cinémas" édités en marge des films. L’enquête est poussée jusqu’à l’examen serré de "quelques documents comptables" (L. Le Forestier) et jusqu’aux écrits du "Feuillade d’avant Feuillade", ses chroniques taurines par exemple (Bernard Bastide).

L’ensemble du dossier croise diverses approches, stylistique, biographique, économique, ainsi que la réception critique des films de Feuillade en leur temps. Christophe Gauthier pose ainsi "quelques jalons dans la fortune critique de Louis Feuillade" ; il montre que son œuvre fut longtemps traitée avec sévérité - "Le ciel nous préserve de Feuillade !" disait tel critique suisse cité par une autre contribution -, jusqu’à ce que la tendance se renverse grâce aux surréalistes et notamment à Robert Desnos. Relevons enfin un trait divertissant dans les souvenirs de Leonid Trauberg : sa vive querelle avec Eisenstein au sujet d’une collection complète (32 volumes) de Fantômas.

Ce volumineux recueil - près de 400 pages, criblées d’images inédites provenant des archives de Jacques Champreux (on en retient, plutôt que les portraits connus de Musidora, telle image de la gracieuse Mary Harald, héroïne de Tih Minh) - présente un intérêt supplémentaire : celui de confirmer l’émergence de toute une nouvelle génération de chercheurs.
Ils mettent peu à peu au jour l’immense continent du cinéma des origines, que la critique et les historiens patentés avaient jusqu’ici copieusement dédaigné.

Alain Virmaux
Jeune Cinéma n°267, mars-avril 2001.

Revue 1895, spécial Louis Feuillade (octobre 2000), sous la direction de Jacques Champreux, Alain Carou et François de la Bretèque.

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