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Nos souvenirs (2015)
de Gus van Sant
publié le mardi 26 avril 2016

par Gérard Camy
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Sélection officielle du festival de Cannes 2015

Sortie le mercredi 27 avril 2016

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Avec ce nouveau film, le réalisateur de Elephant n’a pas fait l’unanimité, loin s’en faut. Et pourtant, si le film n’est pas à la hauteur de ses meilleures œuvres, il n’en reste pas moins un film intéressant par les choix mêmes qui lui valurent d’être copieusement sifflé pas une bonne partie de la presse.

Dans la forêt d’Aokigahara, au pied du mont Fuji, Arthur Brennan est venu mettre fin à ses jours, comme beaucoup avant lui en ces lieux.
Alors qu’il s’enfonce entre les arbres, il aperçoit un homme blessé et perdu. Malgré son désir d’en finir, il ne peux réprimer un sentiment d’humanité qui le fait se porter à son secours. Venu dans les lieux pour mourir, il va finalement y aider un homme à survivre.

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Le long périple qui va suivre, parsemé d’embûches et de terribles épreuves, véritable descente aux enfers, est traité par Gus Van Sant avec un réalisme cru et violent à l’image de ces films, entre suspense et angoisse, qui décrivent les péripéties d’un petit groupe perdu en milieu hostile et poursuivi par d’inquiétants personnages. (1)

Ce choix narratif poussé à l’extrême et servi par un Matthew MacConaughey qui joue à fond et jusqu’au bout une partition à sa mesure, crée une ambiguïté à la fois étonnante et dérangeante.
Cette randonnée tragique est-elle bien réelle ?
Ce Japonais qui dévie Arthur de sa destinée existe-t-il vraiment ?
Cette forêt, parsemée de squelettes et de pendus, qui se referme sur eux, n’est-elle pas une simple illusion ? (2)

Ces questions, le cinéaste les assume et nous les souffle même au fil de ce cauchemar métaphysique, entrecoupé des flashback qui, peu à peu, éclairent les raisons de la décision d’Arthur d’en finir.

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Porté par une belle photographie irradiante ou sombre suivant les moments, et une bande-son dont les affèteries sonores ne sont pas toujours convaincantes, ce cheminement obscur et obsessionnel baigné de surnaturel prend finalement la forme d’un conte bizarre et troublant sur le sens et la valeur de la vie.

Gérard Camy
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

1. Qui ne sont pas sans évoquer les états de conscience intermédiaires traversés durant les 49 jours qui séparent la mort de la réincarnation, selon le Livre des morts tibétain (Bardo Thödol).

2. La forêt de Aokigahara existe vraiment. Elle est située au pied du Mont Fuji. Elle est extrêmement dense, et les autorités ne s’y rendent qu’une fois par an, pour y récupérer une centaine de corps de suicidés.
Cf. Le roman Kuroi Jukai (The Black Sea of Trees) de Seichō Matsumoto (Éd. Kodansha, 1960).
Cf. Le court métrage Aokigahara Suicide Forest de Santiago Stelley (2010), avec le géologue Azusa Hayano.

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Nos souvenirs (The Sea of Trees). Réal : Gus van Sant ; sc : Chris Sparling ; ph : Kasper Tuxen Andersen ; mont : Pietro Scalia ; mu : Mason Bates. Int : Matthew McConaughey, Ken Watanabe, Naomi Watts (USA, 2015, 110 mn).

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