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Red Amnesia (2014)
de Wang Xiaoshuai
publié le mercredi 4 mai 2016

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 373, mai 2016

Sélection officielle de la Mostra de Venise en 2014.

Sortie le mercredi 4 mai 2016

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Après Shangai Dreams (2005) et 11 Fleurs (2011), le nouveau film de Wang Xiaoshuai traite de la manière dont les peuples sont vite oublieux de leurs malheurs.

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Il revient ici sur un épisode récent de l’histoire chinoise, le Troisième Front, durant lequel, dans les années 60, le gouvernement de Mao décida de déplacer la plupart des complexes industriels et militaires installés sur les côtes et les provinces du Nord-Est vers des zones montagneuses plus enclavées, en raison de la dégradation des relations sino-russes.
Des millions de personnes durent suivre et s’installer à la périphérie des villes, quittant leurs régions d’origine pour végéter à l’écart de ce qu’on a pu appeler le fleuron de l’industrie de la République populaire dans les provinces centrales du Sichuan, du Yunnan, de Guizhou et de Chongping.

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Certes, ce déplacement de populations fit moins de morts et causa moins de drames que la Révolution culturelle, mais il a laissé des traces dans la vie des Chinois.
Wang revient sur cette situation, en tissant un scénario entre film de fantôme et thriller, à travers le portrait d’une femme, Deng, qui vit encore dans le souvenir de son mari mort et semble toute dévouée à sa famille. Alors qu’elle culpabilise de n’avoir pas aidé la famille de Zhao à aller s’installer en ville comme elle, ce sont les fantômes qui viennent alors à sa rencontre. Mais un de ces fantômes est jeune et vivant et venge la mémoire de sa famille en persécutant Deng par téléphone, puis dans la réalité.

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Avec sa facture étonnante, sa maîtrise des images et du jeu des acteurs, ce film tient en haleine comme un polar. En fait, personne n’a rien oublié de ce passé douloureux, même les jeunes qui n’ont pas connu cette histoire. Mais le titre, Amnésie rouge, est là pour pour convoquer, non seulement les fantômes, mais aussi les démons.
Il nous propose, en plus, un beau portrait de femme, en comparant le comportement des vieux et celui des nouvelles générations, plus enclines à profiter des biens matériels. Seule Deng semble se sacrifier pour les siens, mais n’est-ce pas aussi pour se faire inconsciemment pardonner ?

Il faut se laisser emporter par cette histoire métaphorique, sans perdre de vue la situation particulière de la Chine d’aujourd’hui, car le réalisateur tient à nous tenir alertés.
Il le déclare clairement : "Si nous refusons d’analyser l’Histoire, nous aurons des difficultés à bâtir notre avenir. Le désordre de la situation économique chinoise actuelle est dû au manque de reconnaissance de nos erreurs passées. Cependant, à titre individuel, certaines personnes ont franchi ce pas et ont fait des excuses publiques."

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Ce à quoi ne parvient pas la vieille dame, très digne en apparence, mais qui a subi le rouleur compresseur de la pensée communiste. Elle fait partie de ces personnes qui, selon le dossier de presse "ont subi un véritable lavage de cerveau : elles sont devenues insensibles et perçoivent parfois leur existence comme vide. Red Amnesia témoigne de l’univers de ces personnes à travers le portrait et le destin de cette vieille dame".
Celle-cii pourrait bien être inspirée par la propre mère de Wang Xiaoshuai, qui marque de plus en plus le cinéma chinois contemporain par son audace et sa profondeur.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 373, mai 2016

Red Amnesia. Réal, sc : Wang Xiaoshuai ; sc : Lei Fang ; ph : Di Wu ; mont : Hongyu Yang ; mu : Umeit. Int : Yuanzheng Feng, Zhong Lu, Yibo Han, SuYing Huang, Ran-ran Li (Chine, 2014, 110 mn).

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