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Vendeur (2016)
de Sylvain Desclous
publié le mercredi 4 mai 2016

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 373, mai 2016

Sortie le mercredi 4 mai 2016

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Pour son premier long métrage, Sylvain Desclous, découvert par le biais de la structure Émergence créée par Elisabeth Depardieu, a la chance de travailler avec deux excellents acteurs. Il ne faut pas s’arrêter au titre, un peu sec, un peu trop "Sciences-po", discipline d’origine du réalisateur, qui pourrait faire craindre un énième film sur la crise et ses drames.

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Vendeur ne parle pas seulement d’un dur métier et de l’horreur économique, mais surtout de filiation, d’amour, de désespoir et de solitude.
Gilbert Melki, acteur doté d’un grand capital de sympathie, est Serge, vendeur itinérant, estimé et efficace, mais dont la vie d’errance trahit un grand désespoir jusqu’au jour où il va retrouver son fils, interprété par un Pio Marmaï à contre-emploi, magistral.

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Sylvain Desclous déclare : "L’idée m’est venue devant un reportage télévisé ayant pour sujet un vendeur "extra", qui désigne, dans le jargon des cuisinistes, un vendeur qui n’est pas salarié mais qui passe de magasin en magasin. Alors que l’angle du reportage était plutôt celui des réussites matérielles et sociales que ce métier peut engendrer, j’y ai surtout vu le prix à payer. Le vendeur dont on faisait le portrait menait en effet, dans l’exercice de son travail, une existence très solitaire, et à mes yeux, assez triste."

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Dans ce monde fermé de la vente, rien ne semble glamour, ni romantique : centres commerciaux sans âme, vendeurs à l’américaine, solitude des hôtels et des bars de passage.
Pourtant, grâce à la lumière de Emmanuel Soyer et à la musique de standards américains, le jeune réalisateur parvient à donner à ce film une âme et une profondeur inattendues. Serge est un vendeur exceptionnel, spécialisé dans la vente des cuisines et il fait son métier avec beaucoup de rigueur, tout en composant un personnage de poor lonesome cowboy.
Le propos du réalisateur n’est pas de nous faire comprendre que le libéralisme engendre des inégalités, de la misère et de l’exploitation humaine. Tout cela, on le sait. Sylvain Desclous voudrait surtout montrer ce que le métier a produit comme ravages sur son personnage.

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Coureur, alcoolique et cocaïnomane, Gilbert Melki les affiche à la perfection. Le réalisateur pousse le bouchon un peu loin, mais il s’en défend en parlant de fiction : ce n’est ni un documentaire, ni un film naturaliste. Le scénario n’oublie jamais qu’ils sont avant tout des hommes, avec leurs problèmes et leur malheur.
"Parmi les métiers que j’ai exercés avant d’être acteur, déclare Melki, il y a celui de vendeur, dans un magasin de vêtements du Sentier. J’avais 18 ou 19 ans. À cette époque-là, j’ai connu beaucoup de gens qui faisaient les foires et les marchés, au cours d’interminables tournées. Souvent, c’étaient des gens qui se la jouaient, étaient dans la flambe, mais qui, en fait, avaient une vie d’une grande solitude."

C’est pourquoi il parvient si bien à donner à son personnage l’air décadent et attachant d’une sorte de rock-star sur le retour, qui va de ville en ville comme s’il était en tournée.
On pense à Tandem de Patrice Leconte (1987), sauf qu’ici Serge va se rapprocher de plus en plus de son fils Gérald pour enfin le sauver et se sauver par la même occasion. Un magnifique premier film.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 373, mai 2016

Vendeur. Réal, sc : Sylvain Desclous ; sc : Olivier Lorelle, Salvatore Lista ; ph : Emmanuel Soyer ; mont : Isabelle Poudevigne. Int : Gilbert Melki, Pio Marmaï, Pascal Elso, Clémentine Poidatz, Sara Giraudeau, Bernard Blancan, Romain Bouteille (Frace, 2016, 89 mn).

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