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Ange blessé (l’) (2016)
de Emir Baigazin
publié le mardi 10 mai 2016

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 373, mai 2016

Sortie le mercredi 11 mai 2016

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L’Ange blessé est le deuxième volet d’une trilogie inaugurée par Emir Baigazin avec son très remarqué Leçons d’harmonie en 2013.

Au Kazakhstan, dans les années 90, dans un village reculé, le film décrit les destins tragiques de quatre adolescents qui se brûlent les ailes pour se faire une place dans le monde. Quatre histoires bien séparées, même si elles présentent des similitudes. Jaras, lorsque son père sort de prison, doit travailler pour nourrir sa famille. Poussin a une très belle voix, mais les petits caïds de l’école vont l’empêcher de trouver sa voie. Crapaud parcourt les ruines pour trouver du métal à revendre lorsqu’il rencontre trois simples d’esprit qui parlent d’un trésor caché et pour lesquels il commettra l’irréparable péché. Et enfin, Aslan est un élève brillant qui doit parer au plus pressé lorsqu’il apprend que sa petite amie est enceinte.

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Le film contient une série de plans magnifiques, presque immobiles, qui évoquent Le Caravage ou Hugo Simberg et sa fresque réalisée pour la cathédrale de Tampere, La Guirlande de vie.
"Elle représente trois garçons, comme autant d’apôtres qui transportent un arbre de vie, déclare Emir Baigazin. C’est ce que vous pouvez voir à la fin de chaque partie, lorsque le titre du chapitre apparaît."

Mais la dernière apparition de La Guirlande de vie ne comporte aucun visage d’enfant, comme si l’enfance était morte.
Le message que semble nous apporter le réalisateur est le suivant : il faut prendre garde à ne pas blesser les anges, autrement dit les enfants, dont il brosse quatre portraits bien distincts, métaphores du paradis perdu, de la tristesse de la vie, contrebalancée parfois par des moments de grâce comme la voix de Poussin lorsqu’il chante un Ave Maria à deux reprises.

Baigazin se défend d’avoir voulu faire un énième film sur l’adolescence, même si on le sent fasciné par le sujet et ses modèles, d’une beauté remarquable, et qu’il filme parfois d’une façon ambiguë, comme s’il s’inspirait de Pasolini.
"L’adolescence, déclare-t-il, n’est pas le sujet de ma trilogie et il n’y a rien d’autobiographique dedans. Elle est simplement le prisme privilégié à travers lequel je peux aborder les dilemmes moraux, les conflits intérieurs des hommes, de la manière la plus claire et la plus sensible possible."

Quelle est la signification de ce film polysémique ?

Il garde son secret, comme si l’auteur voulait référer au trésor dont parlent les enfants fous de son film.

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Bien sûr, il n’est pas interdit de faire un parallèle entre les fautes irréparables que commettent ces jeunes et l’état de leur pays : "Les personnages sont tous les quatre confrontés à un dilemme moral. Ce qui m’importe, c’est qu’ils réalisent qu’ils ont fait le mauvais choix. Les années 90 ont été marquées par une crise profonde pour le Kazakhstan : l’électricité était coupée régulièrement, les orphelinats étaient surpeuplés, à l’heure du couvre-feu la rue devenait un petit théâtre de la criminalité. Les lois scélérates ont fini par devenir la norme."

Beau film envoûtant, étrange et ténébreux.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 373, mai 2016

L’Ange blessé (Ranenyy Angeli). Réal, sc, mont : Emir Baigazin ; ph : Yves Cape. Int : Nurlybek Saktaganov, Madiar Aripbai, Madiar Nazarov, Olmar Nadilov (Kazakhstan-France, 2016, 112 mn).

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