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Horizons perdus (1938)
de Franck Capra
publié le lundi 15 septembre 2008

Franck Capra au Tibet
à propos de Lost Horizon (Horizons perdus) (1938)

par Guy Gauthier
Jeune Cinéma, n°319-320, automne 2008.

Adapté d’un roman de James Hilton (1933), Lost Horizon, tourné par Frank Capra en 1938, commence dans le ton des films d’aventures ayant pour cadre la période anarchique, dite "des Seigneurs de la guerre", dans la Chine du nord des années 30.

Lost Horizon : un pitch disert

Un diplomate, Robert Conway, se charge d’évacuer des Européens bloqués par des insurgés invisibles. Il part dans le dernier avion avec son frère John, un paléontologue tout fier de ramener un os d’animal disparu, un industriel en fuite après la faillite de son entreprise ; et une prostituée qui se sait condamnée par la maladie.
Dans le roman éponyme, Conway n’a pas de frère, mais son rôle est tenu par un personnage de caractère identique, le paléontologue est absent, et la prostituée est… une sœur missionnaire.
Les passagers s’aperçoivent que l’avion, au lieu de se diriger sur Shanghai, où Conway est attendu pour une importante conférence internationale, se dirige vers l’ouest, et survole l’Himalaya. Ils découvrent que le pilote est un Chinois menaçant, qui a éliminé le pilote prévu. L’avion atterrit en catastrophe en pleine montagne, accident fatal pour le pilote. Les passagers sont recueillis par une colonne de secours qui semble les attendre et les conduit vers une lamaserie, Shangri-La, un lieu paradisiaque où des circonstances mystérieuses assurent une vie prolongée.
Après une période d’incertitude, au cours de laquelle les hôtes forcés sont très bien traités, Conway apprend qu’il a été enlevé à cause de ses livres, dans lesquels le fondateur du lieu, le père Perrault, âgé de plus de 200 ans, a cru trouver le successeur idéal. Peu à peu, tout le monde ressent les bienfaits du lieu et envisage de rester, sauf John Conway, pressé de retrouver l’Angleterre, et encouragé à partir par Maria, une Russe arrivée là en 1888, mais qui a toujours 20 ans. Il réussit à convaincre son frère, ébranlé par les affirmations de Maria.
Les porteurs tirent sur les évadés, occasionnant une avalanche qui les isole. Sortie de la zone miraculeuse, Maria prend le visage de son âge et meurt. John se suicide. Robert erre longtemps avant d’être retrouvé amnésique et ramené à Shanghai. Il s’évade à Singapour du bateau qui le ramène en Angleterre, et échappe à toutes les poursuites au prix de prouesses pour retrouver Shangri-La, dont il entend finalement la cloche.

Le film

La version originale durait 135 min.
Atterré par l’accueil lors de la preview, Capra décide d’éliminer les vingt premières minutes.
Commercialement, le film est un succès, mais la copie initiale a disparu. La version actuellement connue résulte d’un patient travail de reconstitution à partir de copies dispersées dans plusieurs cinémathèques. La bande-son a pu être préservée, mais certaines séquences images n’ont pu être retrouvées. Ce sont des photographies qui accompagnent les extraits sonores récupérés.
Dans Hollywood Story, Frank Capra consacre le chapitre 10 à la genèse du film, aux anecdotes de la réalisation, à l’accueil, successivement enthousiaste et sinistre qu’il reçut, et aux enseignements qu’il en a tirés.

Shangri-La, Tibet, mythe et réalité

Shangri-la, royaume mythique, est un des nombreux avatars d’Utopia, le fameux ouvrage de Thomas More (1516), qui a été le fil conducteur du roman de Hilton.

Ce n’est pas tout à fait par hasard que la Nouvelle Utopie est située au Tibet : un lieu inaccessible garantit une certaine vraisemblance, et en 1933, le monde était pratiquement cartographié.
Mais le Tibet, en plus de son inaccessibilité (Lhassa était encore une ville interdite, malgré l’exploit d’Alexandra David-Néel (1), et aussi à cause d’elle, avait été promu comme une source de sagesse absolue, en particulier à travers les délires d’Helena Blavetsky, co-fondatrice de la Société théosophique (2).

D’innombrables voyageurs, et parmi les plus célèbres, comme Sven Hedin, ont tenté avec obstination d’entrer à Lhassa (3).
Le Pôle et Lhassa, voilà les deux grands rêves de tout voyageur. Atteindre l’un ou entrer dans l’autre demeurent les deux grands problèmes non encore résolus de l’exploration. Si l’un est défendu par les banquises, l’autre demeure interdite aux voyageurs européens par le fanatisme de ses habitants, commente Charles Rabot, relatant pour Le Journal des voyages, en 1903, les tentatives d’Hedin.

L’inspiration de Hilton a été puisée dans des articles du botaniste américain Joseph Rock qui a vécu dans la région de Kham (zone située aujourd’hui à la limite du Tibet et de la province du Sichuan) de 1922 à 1949. Il y avait là une base scientifique rassurante.
En langue tibétaine, Shangri-La signifierait "le lieu entourant la source du bonheur".
Il tire son origine d’un sûtra bouddhique disant qu’au sud de l’Himalaya se dresse Shambhala, une ville mystérieuse où est préservée la Roue du temps bouddhique Kâlachakra Tantra. C’est un endroit idyllique, rempli de palais colorés, habité par des gens en santé dont l’esprit est protégé par des moines immortels. Ce nom mythique a, depuis lors, été employé dans le même contexte que celui d’un jardin d’Éden et d’Utopie. À l’origine, Camp David, domaine présidentiel, s’appelait "Shangri-La".

Le premier tableau du site qui s’offre aux cinq visiteurs involontaires ne correspond pas aux images aujourd’hui diffusées sur le Tibet, ni même aux visions extatiques ou poétiques suscitées par le "Toit du monde" (4).

Victor Segalen, qui dut rebrousser chemin aux frontières du Tibet, rappelé en Europe en 1914, a célébré un pays imaginaire dans un admirable et long poème :
Par les Forces visibles et non vues,
Pour les vallons irrespirés
Je t’adore Thibet, château du Monde
Pour tes arts peut-être cachés,
Et le non-savoir de tes hauts lieux retirés
Je te nomme et dis mon Outremonde.
(5)

Shangri-La, construite au sommet d’une pente abrupte de terrasses cultivées, offre un paysage enchanteur.
Si la silhouette d’ensemble rappelle vaguement les contours du Potala, les éléments, constitués de lignes aérées et géométriques, devaient davantage rappeler aux spectateurs de 1938 certains films futuristes : (Aelita de Yakov Protazanov, 1924) ou expressionnistes (la partie aérienne du Metropolis, de Fritz Lang) (6).

De façon plus romanesque, on peut y retrouver la silhouette de ces villes perdues s’offrant au terme d’un long voyage en pays interdit aux hardis explorateurs en quête de l’Atlantide, continent disparu au fond de l’océan d’après Platon, mais retrouvé une bonne centaine de fois en des lieux les plus divers, de préférence en des endroits non explorés de la planète (7).

D’innombrables ouvrages ont répertorié toutes les versions connues du continent disparu (8).
Bizarrement, l’association subsiste dans la littérature à grande diffusion.

Dans un roman récent (9), un milliardaire découvre, au Tibet, les derniers restes des Atlantes en fuite après l’engloutissement de leur continent. Indiana Jones a eu des prédécesseurs. Ce n’est pas plus farfelu que Le Da Vinci Code, qui, lui, a suscité de vraies passions. La religion pratiquée, quoique vaguement teintée de bouddhisme, est un dosage entre christianisme et religion orientale aux rites incertains. Le dalaï-lama d’alors restait un personnage lointain.

Le film n’en parle pas, ce qui s’explique : Tenzin Gyatso, appelé à devenir la XIVe incarnation du XIVe dalaï lama, est né le 6 juin 1935, et ne fut reconnu selon la tradition qu’en 1939. Et son prédécesseur, Thubten Gyatso, était à peu près inconnu.
Ce qui nous vaudra deux films bien ultérieurs dont il sera question plus tard. Son prestige ne pouvait encore atteindre Shangri-La.

Si la religion pratiquée à Shangri-La reste vaguement bouddhiste (le vocabulaire, l’habillement), le supérieur et fondateur de la communauté, contre toute attente, est un missionnaire chrétien qui passait par là… en 1713.
Le livre de Hilton est sur ce point plus explicite que le film, mais le titre de "Père" suffit pour situer son origine.

Rappelons que le christianisme, sous sa forme nestorienne, a été présent en Asie centrale, et que les missionnaires se proposaient de le réactiver à leur manière pour favoriser leur implantation. C’était en tout cas, d’après Hilton, le but des quatre capucins – le père Perrault restant le dernier survivant – qui échouèrent en ce lieu béni au début du 18e siècle. Ce qui frappe alors le plus les Européens, écrit Frédéric Lenoir (10), c’est la ressemblance troublante entre cette religion (le bouddhisme tibétain) et la religion catholique.
Un célèbre missionnaire du 19e siècle, le Père Huc (11), qui a pu résider quelque temps à Lhassa avant d’en être exclu par les autorités chinoises, a vu d’abord dans le bouddhisme tibétain une sorte de double inversé du christianisme, quelque chose comme un artifice du diable.

Aujourd’hui encore, "Sa Sainteté" le dalaï-lama apparaît comme une sorte de "Pape-bis", courant le monde comme son homologue pour prêcher, un peu moins solennellement, sa Parole, à la tête d’une hiérarchie et même d’un petit Vatican à Dharamsala, au nord de l’Inde.
Quant à l’enseignement dispensé, il est reçu par les néophytes qui se pressent dans les nombreuses missions (12), avec une ferveur qui ne va pas, selon certains spécialistes, sans quelque confusion sur les fondements de la doctrine du Bouddha. Mais à chacun son Nirvana.

Hilton et Capra : un même syncrétisme religieux

En assignant à cette communauté tibétaine un fondateur chrétien, le film, après le livre, consacre une sorte de syncrétisme qui souligne les analogies et rapproche les contraires entre le catholicisme romain et le bouddhisme tibétain. Pour consacrer la fusion et sa victoire dans une enclave qui ne peut subsister qu’à l’écart des orages du monde, c’est à un laïc, Conway, que va être confiée la perpétuation de cette utopie à jamais insulaire, seule théocratie laïque - si je peux me permettre cet oxymore - jamais répertoriée. Si, dans le film, la belle Sandra n’est pas pour rien dans ce retour épuisant, dans le livre, l’attraction de Shangri-La, à elle seule, justifie une telle dépense d’énergie (13).

Le Tibet des Américains et le Tibet des nazis

Dans ses mémoires, Frank Capra parle du succès mondial de Lost Horizon, en signalant la notable exception allemande : "Les propagandistes de Hitler accueillirent Lost Horizon avec des ricanements méprisants. Un organe nazi le décrivit comme étant un navet décadent engendré par une démocratie décadente".
Capra ne se doutait pas que son Tibet infléchi par le rêve américain ne pouvait que heurter le Tibet dont rêvaient les nazis.
Le célèbre Ahnenerbe Institut (Institut de l’héritage ancestral), animé par Himmler, se préoccupait de rechercher les racines du "peuple élu". L’Atlantide était souvent évoquée comme le berceau de la race (14), restait à en retrouver la trace.
Parmi les diverses "hypothèses" envisagées (Thulé, Hyperborée), le Tibet venait en bonne place. À première vue, et même en persistant, l’idée ne tient pas debout : pourquoi un continent englouti se retrouverait-il sur le Toit du monde ?
Voir plus haut : on ne résiste pas à la fascination des contraires. Helena Blavetsky, menteuse notoire mais influente, prétendait avoir consulté, au Vatican, un document authentique relatant l’histoire et la destinée des Atlantes. Elle affirmait qu’un autre exemplaire existait.

Où ? Mais c’est bien sûr : dans l’autre Vatican, au Tibet (15). La Société théosophique ayant eu quelque influence au sein de l’Ahnenerbe, certains ont pensé qu’on pouvait trouver au Tibet le berceau de la race élue.
Ne plaisantons pas avec les élucubrations germaniques : des écrivains français, et non des moindres - Gobineau, Ernest Renan (16) -, ont cherché du côté de l’Asie les origines de la race blanche. La littérature de la fin du XIXe siècle n’était pas en reste dans certaines de ses composantes à succès.

Un roman médiocre (17), mais révélateur d’un lectorat contemporain, racontait le destin de Claude Laigle, dictateur de la Confédération germano-latine, qui, après la conquête de l’Inde en vue d’établir un couloir de protection face aux jaunes, masses abruties (Chine) ou imitateurs de l’Occident (Japon), découvre, au cœur du Pamir, une société de femmes ayant à sa tête Erodira, une sorte de prophétesse qui lui fait découvrir "l’Orient vierge", le berceau de la pure race européenne.

À ce niveau, une inversion majeure : Shangri-La n’est pas le berceau de la civilisation blanche, mais son ultime refuge après la catastrophe : nous sommes en 1938, elle était dans l’air. Mais un refuge peut redevenir un berceau. Etc.

On pourrait penser qu’en cette année 1938, pendant laquelle l’Allemagne développe un effort de guerre impressionnant, le lointain Tibet n’était pas la préoccupation essentielle du IIIe Reich.

Or, deux expéditions distinctes s’intéressent au pays interdit. Leur caractéristique commune est d’être conduite par des membres éminents du parti nazi.
Le 20 avril 1938, une expédition de cinq jeunes scientifiques allemands, sous la direction du biologiste Ernst Schäfer, s’embarque pour une destination tout à fait atypique selon les critères de l’époque : le haut plateau du Tibet, le "Toit du monde" encore interdit.

S’agissait-il d’une expédition scientifique particulièrement audacieuse, ou d’une tentative de retrouver, grâce à des mesures précises, le berceau de la race aryenne ? Le mystère n’est pas éclairci, malgré une thèse documentée qui prouve la compétence scientifique des membres de la mission. Beaucoup d’informations proviennent du seul survivant, le Dr Bruno Beger (anthropologue et géographe), qui fut chargé plus tard, à Auschwitz et à Struthof (18), de procéder à l’examen des caractéristiques morphologiques des juifs internés, ce qui n’est pas une référence très convaincante.

Les Tibets des écrans d’aujourd’hui

Un autre nazi notoire, Heinrich Harrer, alpiniste prestigieux, partit à peu près à la même époque, pour tenter l’ascension du Nanga Parbat, un sommet de l’Himalaya. Fait prisonnier par les Anglais, il réussit à s’évader et à rejoindre le Tibet en 1944. Malgré la fin de la guerre et ses attaches familiales, il attendit l’entrée des troupes chinoises pour quitter le pays, avant de participer à la formation du jeune dalaï-lama.
Son récit, soigneusement expurgé de ses convictions, Sept ans au Tibet, fit l’objet d’une adaptation hollywoodienne de Jean-Jacques Annaud (1997).
À peu près simultanément, Martin Scorsese réalisa un film sur le jeune dalaï-lama (Kundun, 1997).

Ainsi ressurgirent sur les écrans les événements du Tibet à l’époque où Frank Capra réalisait Horizons perdus.

De Capra à Scorsese, le Tibet imaginaire apparaît comme une utopie au sens strict (u-topie : qui n’a pas de lieu), associant les origines et les fins dernières, comme l’Atlantide. Paradis perdu enfin retrouvé chez Capra, il est source de sagesse chez Scorsese, ou dépositaire du secret des origines pour les idéologues nazis.

Le Tibet, pour le cinéma de fiction qui peut très bien se passer de décors authentiques, peut être partout. Il suffit d’y croire. Capra, qui a tourné dans la sierra Nevada… et dans un entrepôt frigorifique, raconte : "Des années plus tard, un cinéaste indien, Chetan Anand, m’invita dans sa villa près de Bombay. Il me demanda où exactement, au Tibet, j’avais tourné son film préféré Lost Horizon. Quelle ne fut pas sa stupéfaction en apprenant que je n’avais jamais mis les pieds au Tibet !" -
"Mais c’étaient de vrais Tibétains", insista-t-il - "Non, répondis-je, c’étaient des Indiens américains". Il refusa de me croire et affirma avec véhémence qu’en visitant une certaine lamaserie tibétaine il avait lu un compte-rendu détaillé du tournage de Lost Horizon dans ses "livres secrets". (19)
Le coup du manuscrit secret : appelons cela le syndrome Blavatsky.
Au Tibet, tout est possible. Finalement, Hergé a plutôt fait preuve de modération avec Tintin au Tibet (1960), et ses moines en lévitation (20).

Un documentaire, À la recherche de Kundun (Michael Henry Wilson, 1997, 90 min) suit pas à pas Martin Scorsese au cours du tournage de Kundun, film sur la vie du dalaï-lama, depuis son enfance, les signes sacrés qui le désignent comme dieu vivant et font de lui l’Élu du peuple tibétain, son adolescence dans le Potala de Lhassa, la brutale invasion chinoise, son entrevue à Pékin avec Mao, sa fuite vers l’Inde à travers les montagnes, et sa vie de souverain en exil.
Tournant au Maroc faute d’avoir eu l’autorisation de tourner en Inde, Scorsese se retrouve sur les lieux mêmes où il a tourné La Dernière Tentation du Christ. C’est donc la terre d’Islam qui fournit les décors pour deux épisodes majeurs du christianisme et du bouddhisme au même réalisateur.
Le Tibet est partout, c’est-à-dire nulle part.

PS. Il existe certes un Tibet réel, dont la situation préoccupe à juste titre ceux qu’inquiètent la brutalité de l’Empire chinois restauré, et surtout sa puissance économique. Cependant, la confusion est totale entre le Tibet réel et le Tibet imaginaire (21), le premier étant souvent approché à travers le prisme du second.
Remarquons que les Ouigours, aussi nombreux que les Tibétains, et victimes des mêmes exactions, ne sont mentionnés que lors de leurs actes extrêmes. Mais voilà : il n’y a pas de mythe ouigour, et les Ouigours sont musulmans.

Guy Gauthier
Jeune Cinéma, n°319-320, automne 2008.

1. Alexandra David-Néel, Voyage d’une Parisienne à Lhassa, Plon, 1927.
2. La Société théosophique, fondée en 1875 par le colonel Henry Steel Olcott, mais surtout animée par Helena Blavetsky, se donnait, entre autres, comme but de rapprocher bouddhisme et ésotérisme. Pratiquement inconnu à l’époque, le Tibet était le lieu idéal de toutes les visions ésotériques qui fleurissaient à la fin du 19e siècle.
3. Sven Hedin, Le Tibet inconnu, Librairie Félix Juven, Paris, s.d.
4. La ville de Lhassa elle-même a d’ailleurs déçu ses rares visiteurs, y compris Alexandra David-Néel. Les soldats anglais qui occupèrent brièvement la ville après le bombardement de 1904 ne cachèrent pas leur déception. On pense à celle de René Caillé arrivant à Tombouctou.
5. Victor Segalen, Thibet, séquence 32, Mercure de France, 1979. On peut opposer le "Thibet" (ancienne transcription) au "Tibet" restauré dans sa réalité géographique et humaine.
6. Personne ne semble travailler à ce niveau. Il est question, en bas, d’une vallée où vivraient ceux qui produisent les biens de consommation. Allusion, peut-être, au niveau inférieur de Metropolis. À noter que cette configuration est celle du Tibet féodal : un monastère alimenté par le travail des serfs qui en dépendent.
7. La plus célèbre Atlantide française se cachait dans une région hostile, mais d’influence française : L’Atlantide de Pierre Benoît (1919). Plus classiquement, L’Atlantide de Edgar P. Jacobs survivait au fond de l’océan (L’Énigme de l’Atlantide, 1955).
8. Voir en particulier L’Atlantide – Petite histoire d’un mythe platonicien, de Pierre Vidal-Naquet, éditions Les Belles Lettres, 2006.
9. À la poursuite de l’Atlantide, de Andy McDermott, Fayard, 2008.
10. Frédéric Lenoir, La Rencontre du bouddhisme et de l’Occident, Fayard, 1999.
11. M. Huc, Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Thibet (1844-1846), L’Astrolabe – Peuples du Monde, 1987.
12. Voir : Guide du Tibet en France, Claire Lumière, 13760 Saint-Cannat.
13. Dans une séquence tournée, mais non retenue, l’image de la jeune femme apparaissait, laissant une ambiguïté sur les véritables desseins de Conway. Capra n’a retenu que le temple et la cloche, pour ne pas ramener le périple de Conway à une histoire d’amour.
14. Voir : P. Vidal-Naquet, L’Atlantide, op cité.
15. D’après Serge Hutin, Les Civilisations inconnues, Fayard, 1961.
16. Ernest Renan écrit en 1850 : "Tout nous porte à placer l’Eden des Sémites au point de séparation des eaux de l’Asie, à cet ombilic du monde que toutes les races semblent nous montrer du doigt comme le point où se rencontrent leurs plus anciens souvenirs. Saluons ces sommets sacrés, où les grandes races qui portaient dans leur sein l’avenir de l’humanité contemplèrent pour la première fois l’infini, et inaugurèrent les deux faits qui ont changé la face du monde, la morale et la raison". Cité par Pierre Chapoutot, Tibet imaginaire, Tibet réel, Annales GHM, 2005. (excellent article qui constitue avec le livre cité de Frédéric Lenoir, une des meilleurs approches de la double identité tibétaine).
17. Camille Mauclair, L’Orient vierge, Paris, 1897.
18. Raoul Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe, éd. Fayard.
19. Frank Capra, op. cité.
20. Ne pas oublier cette autre face du mythe tibétain : le mystérieux homme des neiges.
2). Pierre Chapoutot, op. cit.

Horizons perdus (Lost Horizons). Réal : Frank Capra ; sc : Robert Riskin, d’après James Hilton ; ph : Joseph Walker ; déc : Stephen Goosoon ; mu : Dimitri Tiomkin. Int : Ronald Colman, Jane Wyatt, Edward Everett Horton, John Howard, Thomas Mitchell, Margo, Sam Jaffe ; pr : Frank Capra, pour Columbia. (USA, 1937, entre 97 et 144 mn, selon les versions).

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