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Fuocoammare, par-delà Lampedusa (2016)
de Gianfranco Rosi
publié le mardi 27 septembre 2016

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 375-376, automne 2016

Sélection de la Berlinale 2016. Ours d’or

Sortie le mercredi 28 septembre 2016

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À Lampedusa, le bombardement d’un navire italien pendant la Seconde Guerre mondiale changea la mer en brasier. Fuocoammare vient de là, la mer en feu, d’où est née une chanson populaire.
À Lampedusa, la terre est aride, sauvage, venteuse, les navires militaires sillonnent la mer houleuse. Au large des côtes, ils interceptent les bateaux chargés de migrants. Venus du Nigéria, du Soudan, de Lybie, ceux-ci crient leur détresse et leur misère.
Un médecin soigne les survivants, d’autres, déjà morts, sont transportés à quai.

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À Lampedusa, un enfant vise les cactus avec une fronde, la nuit il parle à un oiseau. Il consulte aussi un médecin pour son anxiété ou ses problèmes de vue, tandis qu’un plongeur sonde les profondeurs marines. Dans sa maison, une femme s’occupe aux tâches ménagères, elle écoute les chansons que le DJ passe sur les ondes.

À Lampedusa, Gianfranco Rosi vit et filme de simples histoires qui s’entrecroisent dans le même espace-temps sans jamais se rencontrer. En toute liberté, sans contrainte aucune, sa caméra est un œil indépendant qui va là où quelque chose s’exprime. Il filme sans scénario, sans intention de témoigner ni de documenter, il filme pour évoquer l’à-côté et le dessous des choses, ce non-dit invisible ; il filme pour dire la sensation du lointain devenu proche, du présent soudain à vif et mordant.

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Son film est une mise à l’épreuve. Le langage concret du médecin est ressenti comme une douleur abstraite qui se répand inexorablement. Il n’y a pas de mots pour dire les paysages vides, le jeu de l’enfant, le plongeur obsessionnel, les occupations des uns et des autres et la radio locale qui diffuse la chanson Fuocoammare". L’ineffable est montré, dans un film fait de silences et de cris.

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Gianfranco Rosi transmet une réalité tangible et révoltante avec humilité et une grande modestie de moyens - expérience quasi individuelle de cinéma, déjà éprouvée et renouvelée avec succès, dans les précédents titres Below Sea Level (2008), El Sicario-Room 164 (2010), Sacro Gra (2013).

Les cadrages sur la nature surprennent par leur puissance évocatrice, la terre, les arbres, le vent, la mer balayée par les navires comme les fonds marins, lieux immémoriaux d’un art pariétal ; les plans sur les migrants en foule compacte et immobile semblent être de l’enfer, mais ils sont de notre monde. Gianfranco Rosi les filme aujourd’hui à Lampedusa.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 375-376, automne 2016


Fuocoammare. Réal, sc, ph, son : Gianfranco Rosi ; mont : Jacopo Quadri (Italie-France, 2016, 109 mn). Documentaire.



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