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Bob Dylan, ce voleur
Le peintre
publié le samedi 5 novembre 2016

par Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe.

À Londres, une expo commence à la Halcyon Gallery : Bob Dylan, The Beaten Path (5 novembre-11 décembre 2016).

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Bob Dylan écrit, chante et peint (et parle peu).
Tout ça on le sait.

Bob Dylan expose ses peintures, à Londres en 2016.
Cette fois, ce sont des paysages américains, routes et villes.

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Pour l’écriture comme la peinture, ils sont quelques uns à avoir dénoncé les pillages dont Dylan se serait rendu coupable. Dont le vigilant et érudit Alain Korkos, à propos de l’exposition de la galerie Gagosian de New York, The Asia Series (20 septembre-2 octobre 2011).

Quand à sa voix, elle a souvent changé au long des années, ça surprenait, ça ne scandalisait pas.

Nous ne pensons pas que ce soit des vols ni des plagiats, bref des malhonnêtetés, de peindre d’après carte postale ancienne, ou de prolonger en improvisant un vers inspirant glané dans une bibliothèque. Toute "création" a une origine, plus ou moins consciente, plus ou moins collective, et vraisemblablement terrestre.

Ce qui est moche, et relève de l’escroquerie, c’est de faire croire que l’inspiration vous vient de quelque muse divine personnelle ou de quelque génie en surplomb.
C’est d’utiliser des nègres et autres ghostwriters, en encaissant renommée et dividendes.
C’est de faire de simples coupés-collés sans relecture.
C’est de prétendre qu’on n’a lu aucun livre alors qu’on les a tous lus et que la chair est sans doute fort triste.
Pour l’instant, en tout cas, c’est moche et humain.
Car viendra sans doute le temps - c’est inéluctable et pas très lointain - de quelque AI douée et spécialisée en littérature et poésie. (1)
Les machines auront d’autres synthèses, d’autres consciences, d’autres morales, et d’autres sens de la propriété et du vol, plus proches de l’idée de Proudhon.

À notre connaissance, Dylan n’avait jamais rien dit de sa peinture ou de sa sculpture.
Il faisait ses trucs. Ça réussissait, et il y avait des gens pour s’occuper de l’entreprise Dylan & Co, qu’il laissait faire.

Il dessinait depuis longtemps.
Jeune Cinéma, en 1995, en avait déjà fait sa quatrième de couverture.

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Cette fois, il livre quelques clés de ses méthodes de peintre, à propos de The Beaten Path, dans Vanity Fair.

So I went to the camera-obscura method. The camera obscura was a primitive camera invented in the 1600s which projected an image upside down so the painter could work from it. This was a real camera, but the image was not printable. It could only be seen and filled in. Caravaggio used this in about all of his paintings and so did Van Eyck and Vermeer. These days you don’t have to go to all that trouble. You can use a real camera.

[…]

There is nothing to suggest these paintings were inspired by the writings of Sigmund Freud or that they were based on any mental images that occur in dreams, no fantasy worlds, religious mysticism or ambiguous subject matter. In every picture the viewer doesn’t have to wonder whether it’s an actual object or a delusional one. If the viewer visited where the picture actually existed, he or she would see the same thing. It is what unites us all.

Ce sont des explications. Pas des excuses.

Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Elle existe déjà, elle s’appelle Ada (Antoine Bello, Ada, Gallimard 2016).

2. Halcyon Gallery, 144-146 New Bond Street, London W1S 2PF.

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