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Go Home (2015)
de Jihane Chouaib
publié le mercredi 7 décembre 2016

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 377, décembre 2016

Sortie le mercredi 7 décembre 2016

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Golshifteh Farahani, toujours belle et impeccable, mais aussi Maximilien Seweryn et François Nour, illuminent ce nouveau film de la réalisatrice française, née au Liban, Jihane Chouaib, à qui l’on doit notamment Sous mon lit, moyen métrage de 2005, et le documentaire Pays rêvé en 2012.

Go Home est son premier long métrage de fiction, même si le contexte y est presque traité de manière documentaire. En choisissant de raconter son Liban et ses tragédies, Jihane Chaouaib a désiré mettre en scène une maison d’enfance, celle que le frère et la sœur viennent de redécouvrir en retournant au pays, après qu’elle a été abandonnée, saccagée, squattée.

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Cette idée lui permet de donner un double sens à son titre, car Go Home évoque à la fois le retour chez soi, mais aussi l’imprécation déclinée sur les murs contre les diverses guerres menées par les impérialistes yankees, au Vietnam notamment.
Elle joue d’ailleurs sur les deux tableaux, car un pays qui a connu une telle longue guerre ne peut que se rendre à la fois misérable et attrayant. C’est cette guerre abominable, fratricide et incompréhensible que la réalisatrice veut évoquer à travers cette histoire de retour aux origines.

Elle s’en explique : "C’est un pays dont la guerre civile a produit 17 000 disparus, fantômes errants, non-dits, encore sans sépulture et dont il est impossible de faire le deuil. Go Home pour moi a été la tentative d’ouvrir la boîte de Pandore de nos mémoires d’enfants de la guerre, de réfugiés. Je voulais prendre le risque, par la fiction, d’aller voir ce qui s’y cache, d’affronter l’incompréhensible."

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Et elle y réussit parfaitement, par le jeu des acteurs, mais aussi par la lumière, par les ruines qu’elle parvient à rendre pathétiques, par une narration qui, sans cesse, revient sur les souvenirs récurrents et angoissants de Nada enfant : elle se souvient d’une image obsessionnelle, qui pourrait faire de son mystérieux grand-père, aujourd’hui disparu, un héros ou un assassin.

C’est ce qui est intéressant dans ce film nullement manichéen, qui joue sur l’ambiguïté de ses personnages sans jamais ni les juger, ni les blâmer, voulant juste comprendre comment un événement aussi horrible qu’une guerre civile peut s’installer dans la durée, et dans les cœurs meurtris des habitants contraints de fuir.
Cette vision du Liban déchiré fera écho dans l’âme de ceux qui continuent de vivre d’interminables guerres fratricides dans d’autres pays limitrophes.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 377, décembre 2016

Go Home. Réal, sc : Jihane Chouaib ; ph : Tommaso Fiorili ; mont : Ludo Troch ; mu : Béatrice Wick, Bachar Mar-Khalifé. Int : Golshifteh Farahani, Maximilien Seweryn, François Nour, Julia Kassar, Mireille Maalouf (France-Belgique-Suisse, 2015, 98 mn).

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