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Hedi, un vent de liberté (2016)
de Mohammed Ben Attia
publié le mercredi 28 décembre 2016

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 377, décembre 2016

Sortie le mercredi 28 décembre 2016

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À Kairouan, en Tunisie, après le Printemps arabe et la chute de Ben Ali, Hedi est sur le point de se marier. Représentant chez Peugeot, il sillonne les routes et dort à l’hôtel. Grâce à une rencontre amoureuse, il s’interrogera sur sa vie et sur son mariage imminent avec Khedija.

C’est une histoire d’amour, mais c’est aussi et surtout l’éveil d’une conscience, celle d’"être" au monde et de pouvoir librement y accomplir quelque chose, dans un moment de répit démocratique où il semble envisageable de penser autrement sa vie. Son travail n’intéresse pas Hedi, il dessine sans cesse, ne pense qu’à ça et espère dans l’avenir vivre de ses dessins. L’amour et la liberté qu’il découvre auprès de Rim le confrontent à la vie qu’il partagera avec Khedija, enferrée dans les traditions, les interdits et le poids de l’éducation religieuse.

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Mohamed Ben Attia filme Hedi (Majd Mastoura) et Rim (Rym Ben Messaoud) dans leur envolée amoureuse, comme une part irréelle du monde où l’étouffent l’autorité du frère et le dévouement extrême de la mère.

La prise de conscience d’Hedi est magistrale ; par un lent processus, le réalisateur cerne le personnage, en fait un portrait décalé, qui peu à peu s’efface, se retire, quitte le rang social, pour vivre.

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Vivre simplement et pleinement des instants de bonheur, délaissant les contraintes et les interdits, transgressant les codes. La banalité du personnage prend du corps, s’étoffe, se libère et à travers lui, c’est l’aspiration au soulèvement de la jeunesse du pays que l’on imagine, cette jeunesse malheureuse, si profondément figée par une éducation rétrograde et bâillonnée. L’émancipation devra passer obligatoirement par la rupture, rupture avec la mère, source de toutes les frustrations. L’expression du visage de Hedi, doux et lisse, se métamorphose en un cri d’angoisse déchirant.

On trouve dans ce film, douceur et plaisir. Un plaisir où s’infiltre tranquillement l’élixir, comme à toute société son remède, l’intelligence face à l’obscurantisme.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 377, décembre 2016

Hedi, un vent de liberté (Inhebek Hedi). Réal, sc : Mohammed Ben Attia ; ph : Frédéric Noirhomme ; mont : Azza Chaabouni, Ghalya Lacroix & Hafedh Laaridi ; mu : Omar Aloulou. Int : Madj Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sarah Bouzouita, Hakim Boumessoudi (Tunisie-Belgique-France, 2016, 93 mn).

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