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Corniche Kennedy (2016)
de Dominique Cabrera
publié le mercredi 18 janvier 2017

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 18 janvier 2017

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Deuxième adaptation cinématographique cette année d’un roman de Maylis de Kerangal, après Réparer les vivants par Katell Quillévé et en attendant Naissance d’un pont par Julie Gavras, celle de Corniche Kennedy rate un peu sa cible.

Pourtant, Dominique Cabrera n’a pas tellement changé le roman, sinon en matérialisant les lieux des plongeons qui n’y sont pas localisés.
C’est à Marseille - que, pied-noir d’origine, elle voit comme un miroir d’Alger - qu’elle a rencontré les "minots" du film. La mer bleue électrique, les criques, les rochers sont magnifiquement filmés, mais, en fait, on voit très peu de la ville, comme si tout se concentrait sur cette corniche Kennedy, haut-lieu de la beauté du paysage marseillais.

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Mal acceptée au départ, un peu comme la fliquette du film gauchement interprétée par Aïssa Maïga, la réalisatrice a peu à peu réussi à apprivoiser ces jeunes qui se défient et risquent leur vie à plonger depuis des hauteurs vertigineuses de 18 m. On lui a d’ailleurs interdit de filmer les plongeons dans le secteur de la corniche, pour ne pas encourager le délit. Elle a dû les filmer à la dérobée, en octobre, alors que la température de l’eau ne dépassait pas 15° - ce dont on peut féliciter les acteurs, pour la plupart non-professionnels, notamment Alain Demaria et Kamel Kadri, et bien sûr Lola Créton, rare actrice pro du film.

Mais tout cela donne un film assez hétéroclite, qui hésite entre le documentaire et le film policier raté, car l’intrigue est inintéressante, qui vise à nous apprendre ce que chacun sait : Marseille est une ville dangereuse qui peut entraîner les jeunes dans la délinquance. Aspect qui tourne vite au cliché, avec ces flics dépassés et souffrant du vertige, qui font un peu pitié. Quant à l’histoire d’amour d’une jeune bachelière partagée entre deux garçons, elle voudrait être un Jules et Jim adolescent, mais demeure très maladroite.

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Restent de beaux paysages, de beaux plongeons, des jeunes gens rayonnants d’une beauté naturelle qui occulte lun peu le personnage de Lola Créton, bourgeoise de la Corniche, à la fois fascinée et exclue de ce petit monde d’enfants des quartiers Nord.
Reste aussi la musique, composée par Béatrice Thiriet, une habituée de Dominique Cabrera, mais aussi le slam de Dante et un rap écrit par le jeune Kamel Kadri, Marco dans le film, mis en musique par Imhotep, du groupe marseillais IAM. 

L’aspect solaire de la lumière sur le bleu du ciel et de la mer aurait pu donner au film un air pasolinien - on pense au début à l’ouverture de Accatone avec ses plongeons des ragazzi dans les eaux du Tibre. Mais il n’arrive pas à décoller et à prendre des tonalités rimbaldiennes, ce qui aurait pu être le cas si ces personnages issus du quotidien avaient été moins bridés.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Corniche Kennedy. Réal, sc : Dominique Cabrera, d’après Maylis de Kérangal ; ph : Isabelle Razavet ; mont : Sophie Brunet ; mu : Béatrice Thiriet. Int : Lola Créton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Kamel Kadri, Alain Demaria (France 2016, 94 mn).

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