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Revue CinémAction n°9 (2000)
Les Archives du cinéma et de la télévision
publié le vendredi 15 décembre 2000

par Jacques Chevallier
Jeune Cinéma n°265, décembre 2000

Michel Serceau & Philippe Roger, éds, "Les Archives du cinéma et de la télévision", CinémAction, n°9, 4e trimestre 2000.


Image archivée, image d’archives...
Faut-il les distinguer ? Celle-là conservée, protégée, enfouie en somme ; celle-ci prête à servir, à être utilisée ?

Dans le dernier et gros cahier de CinémAction, "Les Archives du cinéma et de la télévision", de nombreux articles sont consacrés à la conservation et aux problèmes qui lui sont liés, et quelques-uns aux perspectives ouvertes par la consommation d’images d’archives dans divers secteurs de nos sociétés marchandes.

Opposition des anciens (conservateurs) et des modernes (diffuseurs) ? Du cinéma et de la télévision ? Pas toujours, et pas nécessairement.
Qu’on le veuille ou non, qu’on le regrette ou non, l’archivage des images patrimoniales devient de moins en moins “gratuit” mais s’accompagne de commercialisation.
Une source souhaitée de rentabilisation, voire de profit.

"À quoi rêve une jeune archive en fleur ?
À être belle et à se produire dans le monde", écrit non sans quelque préciosité Marie-Anne Chabin, ex de l’INA passée dans le privé à la tête d’une "société de conseil". Mises "au service de l’éducation, de l’action culturelle", créatrices de "nouveaux espaces de recherche" (plusieurs articles sur ces sujets dans ce CinémAction), les archives audiovisuelles sont de plus en plus appelées à être vendues.
Ou, plus exactement, à se vendre.
Ici ou là, à l’INA notamment, on souhaite ne pas seulement "répondre à la demande" mais la provoquer, "proposer de façon systématique les images [...] qui correspondent à une demande forte du marché" (M.-C. Amblard).

Le “marché”, on en semble bien loin dans une jeune et modeste cinémathèque comme celle de Bretagne.
Et pourtant...
André Colleu, son directeur, explique le succès de son organisme par la manière dont les cinéastes amateurs ou leurs descendants sont intéressés lors du dépôt de leurs documents filmés : outre une copie vidéo, ils recevront 50 % des droits perçus lors de leur diffusion ou de leur reproduction (*).
Le marché encore : analysant les procédés de restauration des films destinés à une diffusion télévisée, Philippe Roger n’hésite pas à dénoncer l’essor d’une "religion de l’ancien qui n’est pas tant la prise en compte de l’héritage du passé que son recyclage cynique dans l’économie de marché".

Autant le précédent CinémAction associait de solides analyses autour de son sujet ("Le Théâtre à l’écran"), autant celui-ci, couvrant un champ vaste et "mouvementé", est éclaté et divers dans ses approches.
On y trouve de simples comptes rendus d’activités de style plus ou moins promotionnel (la Bifi, la politique de restauration des films en France...), de volumineuses relations d’expériences (à l’UCLA par exemple), des aperçus sur les archives cinématographiques de quelques pays étrangers, des entretiens (Marc Ferro), des commentaires “pointus” sur telle ou telle restauration (Othello...), des articles d’ordre technique, etc.
Le lecteur pourra grappiller dans ces pages à sa guise.

Seule pourtant une lecture d’ensemble lui apportera les informations nécessaires pour un état des lieux de l’archivage en France, de ses réalisations et des problèmes restant à résoudre.

Pour notre part, nous avions laissé de côté un long article de Laurent Mannoni consacré aux collections d’appareils de la Cinémathèque française et du CNC.
Bien à tort car il comporte notamment un long chapitre sur l’Anglais Will Day (1873-1936), un passionné de cinéma qui entreprit de rassembler appareils, films et documents de toutes sortes dès 1910.
On doit à Henri Langlois non pas d’avoir découvert cette collection - René Jeanne la remarque lors d’une exposition à Londres, en 1922, et interroge alors : “Quand Paris aura-t-il son musée du cinéma ?” -, mais d’avoir convaincu Malraux, en 1959, de débloquer des crédits pour que la Cinémathèque française puisse l’acheter aux héritiers de Day.
Juste hommage rendu par Laurent Mannoni au talent de négociateur du (co)fondateur de la Cinémathèque française, et surtout à Will Day, "personnage fondateur" trop ignoré, précurseur qui "bouscule quelque peu la mythologie française".
"Ne croyait-on pas, jusqu’à ces derniers temps, commente Laurent Mannoni, que Henri Langlois avait été le premier à sauver des films et des archives du cinéma ?"

Une croyance certes, mais qui, comme toute croyance, n’a, jamais, à vrai dire, été partagée par tous.

Jacques Chevallier
Jeune Cinéma n°265, décembre 2000

(*) Pour l’amateur de coïncidences curieuses : un Breton cinéaste amateur, y faisant une cure, avait filmé Vichy en 1940. Quelques-unes de ses images ont été utilisées par Paul Beuchot dans son Hôtel du Parc. Le nom de ce curiste “cameraman” : Maréchal !


Michel Serceau & Philippe Roger, éds, "Les Archives du cinéma et de la télévision", CinémAction, n°9, 4e trimestre 2000.



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