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Sayônara (2016)
de Koji Fukada
publié le mardi 9 mai 2017

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 380, mai 2017

Sortie le mercredi 10 mai 2017

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Le titre, "au revoir" en japonais, convient parfaitement à ce film crépusculaire.

Inspiré d’une pièce du dramaturge Oriza Hirata, Sayônara met en scène une sorte de huis clos entre une femme et une androïde.

Le film commence par un plan de nuit sur une explosion suivie d’un incendie au loin, vu d’une maison reculée près d’une forêt. Des attentats terroristes ont bombardé les centrales nucléaires japonaises et on attend la fin du monde, calmement, dignement comme on sait le faire au Japon. Tous les habitants doivent être exfiltrés et chacun attend son tour, annoncé par des numéros égrenés par les haut-parleurs.

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Film métaphysique, sur le memento mori que nous autres, Occidentaux gavés, avons un peu oublié.

Tania, d’origine étrangère - ses parents ont quitté l’Afrique du Sud pour s’installer au Japon -, est atteinte d’une grave maladie et reste recluse dans sa petite maison en bois. Elle vit avec une énigmatique femme au visage de geisha, assise sur un fauteuil roulant, et qui pourtant l’assiste et fait les courses par les chemins escarpés qui mènent au village.

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Peu à peu, on apprend que cette femme, Leona, a été achetée par le père de Tania et qu’il s’agit d’un robot, avec lequel elle vit depuis que son fiancé l’a quittée. C’est dans cette cohabitation d’une femme qui sait qu’elle va mourir et d’un robot (une vraie machine, Geminoïd F) qui se sait immortel, que réside la force du film qui, sans effets spéciaux, joue sur une situation extraordinaire, au premier sens du terme.

Le film pose deux autres problèmes.
D’abord, celui de la situation des étrangers qui n’ont pas le même statut que les Japonais - ils seront les derniers à être évacués (au même titre d’ailleurs que les pauvres).
Et celui du danger des centrales nucléaires. Le succès économique du Japon est bâti sur une technologie qui contient la potentialité de sa destruction. Depuis Fukushima, on sait que le pays danse sur un volcan. Ces flammes dans la nuit prouvent que les centrales sont des géants aux pieds d’argile, qu’une simple attaque terroriste peut anéantir.

Le film se déroule dans cette ambiance post-apocalyptique - rien ne peut plus protéger de la pollution nucléaire, impalpable et destructrice. Pour la rendre sensible, Koji Fukada a demandé à sa chef opératrice, Akiko Ashizawa (celle de Kyoshi Kurosawa), de faire trembler la lumière. Utilisant parfois l’anamorphose, et des couleurs presque automnales, Sayônara nous conduit dans un monde où la mort n’a plus d’importance.

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Malgré l’irradiation, la vie perdurera ; la fin du film est sublime, entre le cadavre de Tania sur son canapé, qui se fige et se déforme comme ceux de Pompéi, et le fauteuil roulant de l’androïde qui se déplace sur le chemin de pierre, chute et rampe, comme enraciné à sa propre "vie".

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 380, mai 2017 (à paraître)

Sayônara. Réal, sc : Koji Fukada ; ph : Akiko Ashizawa ; mont : Naohito Urabe ; mu : Hiroyuki Onogawa. Int : Bryerly Long, Geminoïd F, Hirofumi Arai, Makiko Murata (Japon, 2016, 112 mn).

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