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Departure (2015)
de Andrew Steggall
publié le mardi 30 mai 2017

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 380, mai 2017

Sortie le mercredi 31 mai 2017.

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Departure est un film sinon sur le départ, en tout cas sur le changement.

Pour son premier long métrage, Andrew Steggall a réussi un film à la fois mélancolique, âpre et vespéral, sur les attentes et les désirs des êtres humains qui n’espèrent qu’une rencontre, qu’un signal ou un nouveau départ pour changer, pour croire que la vraie vie sera enfin là.

Cet hommage aux Quatre Cents Coups de Truffaut, au Souffle de Damien Odoul, aux Roseaux sauvages de Téchiné et à My Summer of Love de Pawel Pawlikowski s’inspire aussi et surtout de l’opéra d’Anton Dvorak, Rusalka, l’histoire d’une nymphe qui aspire à devenir humaine lorsqu’elle tombe amoureuse d’un prince de chair et d’os. L’aria le plus célèbre de cet opéra peu connu, La Chanson à la Lune, servira de thème pour le climax du film.

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Il s’agit d’une histoire d’amour, d’amour plus que de désir, qu’un adolescent éprouve pour un jeune homme mystérieux, sorte de nymphe masculine inaccessible, qui va peu à peu s’incarner pour le faire fantasmer et disparaître presque aussitôt.
Il ne fera pas seulement fantasmer le fils, mais aussi la mère, femme malheureuse dans son couple. Il y a là des souvenirs de Théorème : un jeune homme - magnifique Phénix Brossard - entre par effraction dans la vie d’une famille, comme jadis Terence Stamp chez Pasolini, et la séduit toute. Ou du moins une partie, à moins que ce ne soit lui qui soit séduit... Ici, la mère et le fils sont sous le charme de ce jeune homme qui les mène jusqu’au désespoir et presque à la folie.

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Departure illustre de la belle manière les affres de "cet obscur objet du désir", par le choix d’excellents comédiens, notamment Alex Lawther dans le rôle d’Elliot, qui découvre son homosexualité avec tous les tourments afférents, et Juliet Stevenson, qui incarne à la perfection le rôle de sa mère.

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Le choix du paysage, de la maison et de ses alentours, est particulièrement bienvenu, tous les éléments contribuant à apporter au film une dimension psychanalytique. "Je pense que ce paysage était vraiment puissant, confie le réalisateur, avec les motifs freudiens tels la forêt de l’inconscient, l’eau exprimant sexualité et danger, et le barrage évoquant la mort, le changement et la renaissance. Il rendait visible cette dimension souterraine que j’explorais dans le film."

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Le film se déroule sur une période d’une semaine, pendant laquelle la mère a entraîné son fils pour qu’il l’aide à vider la maison de campagne que ces Britanniques possèdent en France et qu’ils veulent vendre puisqu’ils se séparent. Il s’agit bien d’une coupure, d’un changement, mais pour une renaissance. Leurs efforts, leurs douleurs n’auront pas été vains puisqu’ils les auront rapprochés et les auront fait en quelque sorte renaître, comme dans tout bon conte de fées. Sans fées, sans fioritures, mais avec bonheur.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 380, mai 2017

Departure. Réal, sc : Andrew Steggall ; ph : Brian Fawcett ; mont : Dounia Sichov ; mu : Jools Scott. Int : Juliet Stevenson, Alex Lawther, Phénix Brossard, Finbar Lynch, Nialmh Cusack (Grande-Bretagne-France, 2015, 109 mn).

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