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Drôles d’oiseaux (2016)
de Élise Girard
publié le mardi 30 mai 2017

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 380, mai 2017

Sélection de la Berlinale 2017, 67e édition

Sortie le mercredi 31 mai 2017

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Le second long métrage de Élise Girard, sélectionné au Festival de Berlin, s’apparente à un journal intime, une histoire d’amour entre une jolie jeune femme écrivain, Mavie (Lolita Chammah), et Georges (Jean Sorel), plus âgé, libraire qui tient à sa clandestinité.

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On apprend par la suite qu’il fut éditeur des Brigades rouges, ce qui explique son attitude de retrait et de silence. C’est un homme traqué, à la fois par un passé violent et par un profond désir d’oubli. La jeune femme est attirée par cet homme attachant, si mal dans sa vie. Il l’inspire, elle écrit.

Le film, tourné à Paris en longs plans fixes, éclairé par Renato Berta, est de toute beauté, aussi bien dans les scènes extérieures de jour et de nuit, que celles tournées dans la librairie, antres de l’écrit et du savoir, confessions et secrets de papier, lieux d’un autre monde.

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Il y a dans ce film de la féminité dans les relations entre les deux personnes, de l’attention de l’un envers l’autre, beaucoup de douceur. S’installe, au fil des jours et des nuits, un climat très particulier, comme une soudaine complicité spirituelle, une entente étonnante dont on ignore le fondement réel, tant elle est immédiate et profonde.

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Il y a aussi un parti pris original d’aller à contre-courant des modes en vigueur dans le cinéma d’aujourd’hui. Un art de filmer simplement deux ou trois personnages, dans une relative modestie de plans, sans esbroufe ni faux-semblants, où l’action, presque secondaire, devient figure de style et le jeu des acteurs, si inactuel qu’il en est attachant. Elle, Lolita Chammah, au prénom prédestiné de Mavie, harmonise l’ensemble par sa présence évanescente, un charme secret, apaisant et serein.

Le jeu des acteurs est naturel, leurs gestes et leurs actes s’enchaînent de façon simple, comme inéluctablement. Certains restent mystérieux, notamment le passage des enveloppes d’argent, mais font partie d’une histoire simple. Le rythme du film a quelque chose de commun avec la lenteur et l’étirement de la durée qui évoquent l’écriture de Marguerite Duras, écorchée vertement par le libraire, alors qu’Élise Girard semble lui vouer une grande admiration.

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C’est aussi un film sur la transmission du maître à l’élève, du père à sa fille, d’un homme âgé à une jeune femme, et c’est là qu’intervient un troisième personnage, un jeune homme soudain épris de Mavie.

Hanté par sa propre disparition, au moment même où il s’efface du film, Georges n’est-il pas le jeune homme - celui-là - qu’il aurait souhaité être, revenu dans la vie de Mavie ?
Cette histoire n’est-elle pas une parabole de la fuite du temps et de la vie même, dans son déroulement ? Les oiseaux meurent et tombent sur le sol, mais le dernier amour d’une vie pourrait-il renaître à sa jeunesse, métamorphosé dans le temps ?

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 380, mai 2017

Drôles d’oiseaux. Réal, sc : Élise Girard ; sc : Anne-Louise Trividic ; ph : Renato Berta ; mont : Thomas Glaser ; mu : Bertrand Bergalat. Int ; Lolita Chammah, Jean Sorel, Virginie Ledoyen, Pascal Cervo (France, 2016, 70 mn).

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