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Lou Andreas-Salomé (2016)
de Cordula Kablitz-Post
publié le mardi 30 mai 2017

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 31 mai 2017

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Le biopic de Cordula Kablitz-Post commence à la fin de la vie de Lou Andreas-Salomé, avec les images des autodafés organisés par les nazis pour l’ensemble des œuvres d’auteurs juifs, Sigmund Freud, Karl Marx, Heinrich Mann, Stefan Zweig, Georg Grosz, Otto Dix, l’art dit "dégénéré", et les livres de Lou Andreas-Salomé. Plans immobiles terrifiants sur les livres en flammes, à Berlin, en mai 1933.

La réalisatrice, tout au long du film, montre la force des œuvres de Lou Andréas-Salomé (incarnée par quatre actrices différentes), alors porteuse d’espérance, de renouveau et de liberté, et qui, après sa disparition en 1937, sera condamnée, pour un temps, à l’oubli.

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D’emblée, elle place l’auteure (Nicole Heester), âgée et retranchée du monde, dans sa demeure à Göttingen, où elle ne reçoit plus qu’une seule personne, Ernst Pfeiffer (Matthias Lier), avec qui elle écrit l’histoire de sa vie. S’enchaîne, en souvenirs riches et divertissants, une longue histoire, joyeuse, affranchie, libertine, tumultueuse et amoureuse, jusqu’au retour au dernier domicile.

Ce qui est passionnant dans le film, c’est la richesse incomparable des rencontres de Lou, à Saint-Pétersbourg, à Zurich, à Berlin ou à Vienne - elle y fait la connaissance de Freud (Harald Schrott) -, de sa proximité avec les intellectuels du moment, de sa complicité avec eux, au point de n’être à l’affût que d’émotions intellectuelles, d’excitations de la pensée, à défaut des plaisirs charnels qu’elle repousse depuis l’adolescence.

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Sa première rencontre importante se place lors de ses études de philosophie à Zurich, où un pasteur l’oriente vers Spinoza, puis à Rome, où elle est présentée à Paul Rée, philosophe. Elle a alors 22 ans et elle est déjà au centre d’un tourbillon d’intelligence et de savoir, ce que le film met en lumière avec éclat : rencontres fulgurantes et passionnées, discussions philosophiques quotidiennes, amour platonique, jeux et plaisir d’être ensemble. Lou (Katharina Lorenz) s’invente une vie auprès de Paul Rée (Philipp Hauß) et Nietzsche (Alexander Scheer). Images d’un certain bonheur, mais incertain et qui l’oblige à renoncer au mariage avec l’un et l’autre.

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Le registre de Nietzsche mêle la jeunesse, l’énergie, l’emportement, l’espièglerie, tout comme le spirituel Paul Rée, affectueux, instable et attachant, joue d’une douceur presque maladive. Reiner Maria Rilke (Julius Feldmeier) n’a que 22 ans quand il croise Lou, dont il tombe amoureux avec l’innocence et la gravité d’un jeune homme.

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Ce qui séduit dans ce film, c’est la jeunesse des protagonistes, les prémices de ce qu’ils vont devenir, les balbutiements de leur pensée naissante et leur complicité en ce début du vingtième siècle.

Il s’agit d’un film où les mots ont une importance et un rôle véritables. On se plaît à les écouter, à suivre les dialogues, les poèmes et les joutes verbales. Chaque séquence est introduite par un plan fixe, à l’instar des cartes postales début-de-siècle, d’où surgit un personnage qui soudain s’anime, ou un fiacre d’où descend une silhouette, et l’image de nouveau s’anime dans une autre ville, un autre lieu, avec d’autres personnages. Astuce d’économie de plans qui ajoute à l’impression de vivacité du temps à conquérir.

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Cordula Kablitz-Post filme bibliothèques, salons de lecture, rayonnages et bureaux dédiés à l’écriture. Du début à la fin, l’univers de l’écrit habite le film jusque dans la tragédie de l’avènement du nazisme où la seule issue possible pour Lou Andreas-Salomé est de brûler ses propres manuscrits. Ce sont alors d’autres flammes, celles-là volontairement allumées pour échapper au désastre des autodafés.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Lou Andreas-Salomé. Réal, sc : Cordula Kablitz-Post ; sc : Susanne Hertel ; ph : Matthias Schellenberg ; mont : Beatrice Babin ; mu : Judit Varga. Int : Katharina Lorenz, Nicole Heesters, Liv Lisa Fries, Helena Pieske, Matthias Lier, Alexander Scheer, Julius Feldmeier, Philipp Haus, Harald Schrott (Allemagne 2016, 113 mn).

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