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Celle qui vivra (2017)
de Amor Hakkar
publié le mardi 13 juin 2017

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 381, été 2017 (à paraître)

Sortie le mercredi 14 juin 2017

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Amor Hakkar est un cinéaste qu’il faut suivre.
Avec ce cinquième long métrage, il nous offre un petit détour vers la guerre d’Algérie, mais sans la repentance, sans le discours mièvre et hypocrite des politiques contemporains.

La guerre d’Algérie vue par les petites gens, qu’ils soient Algériens ou Français, entraînés dans une guerre qui a dépassé l’entendement et qui, comme toute guerre, n’a fait de quartier dans aucun camp.
C’est surtout une guerre vue par les yeux d’une petite fille, cachée, terrorisée, qui vient de voir son père abattu par les soldats français et qui sera sauvée pourtant par l’un d’entre eux. Vingt ans après, alors qu’elle est devenue institutrice dans son douar, Aïcha, dont le nom en arabe veut dire "celle qui vivra", reçoit la visite d’une mystérieuse Française. Elle est la mère du jeune soldat qui l’a sauvée vingt ans plus tôt.

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Ces deux femmes meurtries, qui n’ont pas fini de faire leur deuil de la guerre, et que tout pourrait opposer, se rencontrent pour découvrir le mystère qui a brisé leur vie. Par leurs récits croisés, nous en apprendrons beaucoup sur l’histoire de l’Algérie, sur la guerre, cette "connerie" selon Prévert, mais surtout sur le supposé "éternel féminin" : son courage, ses amours passionnées et le secret de la vie que les femmes conservent en elles pour toujours.

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Dans le film, d’ailleurs, le point de vue est souvent, comme en toute guerre, celui de l’homme, ici, dans ce village encerclé par des soldats français, celui d’un capitaine, qui veut se venger pour des raisons que nous n’apprendrons que plus tard. Mais les femmes sont présentes en filigrane et elles ne sont pas les moins courageuses, bien au contraire. L’une d’entre elles, pour prévenir les fellaghas, n’hésitera pas à sortir avec sa bicyclette et ses pots de lait, avant de se faire abattre, presque sans sommation.

Amor Hakkar, dont le style ne cesse de s’affermir, ne porte jamais aucun jugement. Non qu’il soit neutre, mais il œuvre en humaniste qui tente de comprendre pourquoi le monde va si mal, et comment y remédier, même de façon très modeste.
Il ne fait pas non plus un cinéma militant, mais un cinéma humain et tendre qui fait comprendre bien des choses et bien des sentiments, et aborde de façon neuve une guerre qui n’a pas encore fini d’entacher l’histoire de deux pays.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 381, été 2017

Celle qui vivra. Réal, sc : Amor Hakkar ; ph : David Moerman, Jimmy Boutry ; mont : Jean Dubreuil, Nairi Sarkis. Int : Meryem Medjkane, Muriel Racine, Hichem Berdouk, Nicolas Dufour (France-Algérie, 2017, 84 mn).

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