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Ava (2017)
de Léa Mysius
publié le mardi 20 juin 2017

par Laurent Berger-Vachon
Jeune Cinéma n° 381, été 2017

Sortie le mercredi 21 juin 2017
Sélection de la Semaine de la critique, Festival de Cannes 2017.

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Voir pour découvrir. Voir pour aimer. Voir pour grandir.
À l’âge charnière de l’adolescence, Ava, dans le rôle titre, apprend à faire la différence entre la vie des autres et celle qui sera la sienne. Entre la norme et la marge. Entre la lumière et les ténèbres. Graduellement et sûrement - irrémédiablement - Ava perdra la vue.

Au-delà de la description d’un contexte dramatique qui pourrait paraître rebattu, le parti pris du scénario cache une force nourrie d’une motivation plus profonde. La progression au fil de l’image laisse finalement surgir une source d’inspiration plus ambivalente et le visage d’une création complexe. Plaqué à l’objectif, l’œil de la réalisatrice poursuit la jeune pousse plan après plan, dans un mouvement de recherche éperdue de sensualité.

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Le temps compte. Absorber l’éternité dans un espace limité par la maladie.

Ozon avait choisi, dans Le Temps qui reste, l’issue fatale. Son personnage, habité par le jeu vif de Melvil Poupaud, atteint d’un cancer, était confronté à la rupture totale avec l’existence.
En prenant une autre option, la vie avec le handicap, ce premier long métrage ouvre un nouveau périmètre psychologique. Le film s’autorise à sortir d’une vision préétablie du registre du "film social". Une écriture libérée compose les strophes d’un conte hors du commun où chaque séquence s’apprête à renverser la précédente.

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La caméra s’aventure sans artifice superflu vers un vaste domaine d’exploitation de l’alchimie de la couleur. Rien de très étonnant à ce que la nymphe, propulsée par le feu naissant de l’amour en plein été, se métamorphose en sirène sur de larges aplats de sable blond, en se laissant chalouper par le ressac océanique de nappes d’eau mousseuse irradiées d’or solaire, sur les lieux de sa rencontre avec un adonis en cavale.

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Ce sera au spectateur d’avoir la même liberté d’approche dans le regard qu’il portera sur une sorte de réinvention du road movie.
De Bonnie and Clyde à la folle échappée de Thelma and Louise, la glissade de notre héroïne et de l’enfant sauvage aura sans doute la même issue : le noir absolu. La pureté n’a toujours pas sa place dans l’ordre collectif.

Laurent Berger-Vachon
Jeune Cinéma n° 381, été 2017

Ava. Réal, sc : Léa Mysius ; ph : Paul Guilhaume ; mont : Pierre Deschamps ; mu : Florencia Di Concilio. Int : Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano (France, 2017, 105 mn).

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