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Derniers Jours d’une ville (les) (2016)
de Tamer El Saïd
publié le mardi 27 juin 2017

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 381, été 2017

Sélection du festival de Berlin 2016

Sortie le mercredi 28 juin 2017

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Á la veille de la chute du régime de Hosni Moubarak, Tamer El Saïd a tourné au Caire son premier long métrage.
En filmant, de manière à la fois calme et fiévreuse, le personnage de Khalid, le jeune réalisateur égyptien ne sait pas à ce moment-là qu’il dresse le portrait d’une ville tout en opposition, en mutation aussi, baignant dans une couleur vespérale à la limite du sépia, images magnifiques dignes du grand cinéma de fiction.

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Le Caire, ville immense et effrayante, est souvent présente au cinéma, par exemple chez Chahine ou Marwan Hamed (L’Immeuble Yacoubian). Même si elle n’est parfois qu’un décor.
Ici, Tamer El Said brosse le tableau d’une ville qui se donne et se retire à chaque instant et dont on ne peut saisir que quelques bribes, des moments fugaces, dans une série de saynètes, à la Fellini-Roma, ou des discussions parfois inaudibles, à cause de la rumeur incessante des rues. On gardera en mémoire le passage où, visitant un appartement, Khalid y découvre des poules rousses que le propriétaire élève au cinquième étage…

Le Caire, ville folle, radicale et hors norme, ce film la dépeint de façon magistrale et intense, de façon à la fois précise et floue, celle d’une errance sans fin et d’un mouvement incessant, comme celui d’un corps organique en danger. Les mégapoles ont toutes en commun ce mouvement perpétuel, mais Le Caire est particulièrement mouvante, comme un cœur qui palpite, un tissu chatoyant, une peau qui souffre et se tord.

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Sans s’appesantir sur aucun quartier ni aucune classe sociale, le film laisse la cité à ses mystères - tant et si bien qu’on s’interroge sur son intitulé.
Est-un titre apocalyptique annonçant la fin d’une cité, comme jadis Carthage ?
Est-ce l’annonce d’un changement de régime, lors des grandes manifestations de la place Tahrir que le réalisateur n’a pas voulu filmer, pour pouvoir profiter pleinement de la liesse populaire ?
Sont-ce les derniers jours de Khalid au Caire avant un exil qu’il appelle de tous ses désirs ?

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Le choix est laissé au spectateur qui accepte de se laisser envoûter par ce film pas facile mais prometteur. Son tournage, prévu pour trois mois et qui dura deux ans, raconte le réalisateur, a été une improvisation épique - changement des lieux de tournage, disparitions inattendues d’acteurs, modifications de scénario et de dialogue, etc. Toutes ces difficultés donnent au film un rythme, un souffle et une force particuliers.

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Jérôme Baron, directeur artistique du Festival des Trois Continents de Nantes le décrit parfaitement : "Bien que le film ne soit la peinture d’aucun milieu, l’intranquillité de Khalid, sa peur du vide et de l’inertie du temps, sa colère contenue contre l’époque, font de lui un lointain cousin du Fabrizio de Prima della rivoluzione. Dans la ville où s’engouffrent la poussière et le sable, l’Histoire ne s’écrit plus qu’à travers des sursauts réprimés et des cris vite étouffés."

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 381, été 2017

Les Derniers Jours d’une ville (Akher ayam el madina). Réal, sc : Tamer El Saïd ; sc : Rasha Salti ; ph : Bassem Fayad ; mont : Mohammed Abdel Gawad, Barbara Bossuet. Int : Khalid Abdalla, Hanan Youssef, Bassem Fayad (Allemagne-Égypte-Grande-Bretagne, 2016, 118 mn).

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