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Naissance du cinéma en 1895
Brève
publié le dimanche 22 mars 2015

Jeune Cinéma en ligne directe

Journal de Old Gringo 2015

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Dimanche 22 mars 2015

 

Chacun a ses propres dates privées fétiches.

Celles qui continuent à crever le cœur malgré les années, et celles dont, maintenant, on se fout, comme Brassens pour le 22 septembre, mais qu’on n’oublie pas pour autant.

Il y a aussi les dates publiques, communes à une société, ou à une génération, inscrites sur des rues de hasard.
Ça donne des plaques et des commémorations, pour faire croire à une vraie citoyenneté, qui se débine.

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Il y a aussi les dates qui doublonnent, comme pour donner du grain à moudre au numérologues, par exemple, les deux 11 septembre. Ou quelques 13 mai.

Des 22 mars mémorables, il y en a des tas.

Par exemple, nos grand-mères parisiennes se souvenaient du bombardement de la Gare Saint-Lazare, en 1915. Les grand-pères, eux, ne s’en souvenaient pas, ils étaient au front (sauf les "embusqués" évidemment).

Nous, des 22 mars, dans nos mémoires vives, nous en avons deux principaux.

* Le premier appartient à la génération des soixante-huitards, Nanterre, Cohn-Bendit, les dortoirs des filles, enragés, et ce qui a suivi. C’est rabâché, éventé, hélas.

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* Le second est plus secret, qu’on ressort puis qu’on oublie, qui, pourtant, a changé le monde : l’acte de naissance du cinéma.

Le 22 mars 1895, c’était un vendredi.

Dans les locaux de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, au 44 rue de Rennes, à Paris, les deux Lyonnais, Auguste & Louis Lumière étaient venus faire une conférence, devant leurs pairs, chercheurs et industriels.
Sur leur principale préoccupation de l’époque : "La photographie en couleurs".

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Après l’intervention, comme une curiosité n’ayant rien à voir avec le sujet traité, ils offrirent aux invités une petite surprise.
Ce n’était pas un film, le terme n’était pas encore inventé.
C’était plutôt une série de "vues animées", que Louis avait enregistrées, trois jours plus tôt, le 19 mars 1895, à Lyon, rue Saint-Victor, avec les ouvriers de l’usine.

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Ces 50 secondes d’images, sans titre - ce n’est que plus tard qu’elles deviendront La Sortie des usines Lumière (version 1, celle du printemps) - enthousiasmèrent les professionnels.
Elles deviendront historiques : première projection du Cinématographe Lumière devant des spectateurs. Et, comme cadeau à des invités, des amateurs, elles demeurent l’acte de naissance du cinéma comme art.

Précisions de l’historien de Jeune Cinéma  : Il y a eu (au moins) trois versions tournées de La Sortie des usines Lumière.
La première a donc été tournée le 19 mars 2015. C’est le printemps, il y a une cheval et une carriole.
La deuxième, c’est l’été, les hommes sont en bras de chemises et il n’y a pas de cheval.
La troisième, en automne, il y a de nouveau un cheval, et le chien ne va pas du même côté.

Sur Internet, circulent souvent des version hybrides et trafiquées.
Ne pas s’y fier, bien sûr, chercher des sources sûres.
Il est vraisemblable que cette année 2015 de commémoration va nous offrir quelques références labelisées.
Mais aussi apprécier les fakes et ne jamais cracher sur le faux, qui peut être génial, ni sur les mises en scène des sincérités, qui sont le B A BA de la création.


 

Le 28 décembre 1895 - un samedi - il y aura une autre "première projection" historique, parce que payante (1,02 franc, paraît-il, donc un peu plus cher de 1 centime, toutes choses égales d’ailleurs, qu’à Ulm et à Chaillot).

Elle aura lieu au Salon indien, dans le sous-sol du Grand Café de l’hôtel Scribe à Paris, au 14 boulevard des Capucines.

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Pour une trentaine de spectateurs, avec un vrai programme de dix "courts métrages", comme on dit maintenant : La Sortie des usines Lumière à Lyon, Le Petit Espiègle (L’Arroseur arrosé), Le Repas de bébé, La Voltige, La Pêche aux poissons rouges, Le Débarquement du congrès de photographie à Lyon, Le Saut à la couverture, Les Forgerons, La Place des Cordeliers à Lyon, La Mer (Baignade en mer.)

C’est cette séance qui inaugura vraiment la partie "industrie" de cet art, qui eut deux naissances, la divine et la sociale.

Le Salon indien n’existe plus. Aujourd’hui, boulevard des Capucines, ça s’appelle le Café Lumière.

Mais les deux autres lieux de mémoire sont toujours visibles :

* Le Hangar du premier film à Lyon. Tout beau tout propre, plein de lumières désormais. On y a gardé quelques graffitis d’époque. Et les fantômes s’y sentent à leur aise.

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* La salle du 44 rue de Rennes à Paris. L’adresse eut d’autres heures de gloire, quand elle abrita par exemple les réunions du Collège de sociologie de Georges Bataille (1937-1939), ou celles des intellos des années 60-70. Ah cette porte qu’on franchissait, tous rebelles, à l’époque !

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Désormais le 44 s’appelle le 4 place St-Germain-des-prés et se consacre… à l’industrie, comme sa naissance, en 1801, l’y engageait.

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On peut voir des signes partout.
C’est merveilleux de voir des signes partout.
On se sent moins seul dans l’univers.

La double naissance du cinéma, artistique et capitaliste, est en train d’engendrer, insidieusement, dans sa production comme dans sa réception, un nouveau genre, polymorphe, pas encore stabilisé.
Qui vivra verra ! disait-on autrefois.

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Bonus : La Voltige (1895)

 


 

PS fort à propos : C’est le Printemps du Cinéma, 16e édition (22-24 mars 2015). Trois jours de cinéma à un tarif exceptionnel de 3,50€, partout en France.



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