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Vie de château (la) (2016)
de Modi Barry & Cédric Ido
publié le mardi 8 août 2017

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 9 août 2017

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Coréalisé par Modi Barry et Cédric Ido, ce film n’est pas un remake du film de Rappeneau (1) un demi-siècle après la bataille de la Libération.
Par antiphrase, il traite de la vie quotidienne du quartier populaire parisien autour du métro Château d’eau.

Ce secteur s’est spécialisé, en quelques années, dans la coiffure et le salon de beauté destiné aux femmes africaines. On y défrise les cheveux, on les y colore ou décolore et on les lisse ; on y procède à l’adjonction d’extensions et autres mèches. On y fait commerce intensif de postiches et de perruques. Et on y vend, sous le manteau, des produits, de nos jours strictement prohibés, destinés à blanchir la peau. On y fait les ongles.

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Dès la sortie du métro, la chalande croise une foule de rabatteurs cherchant à l’entraîner vers une des échoppes consentant à ces guetteurs un pourcentage de leur chiffre d’affaires. Autant dire que la concurrence est féroce entre les jeunes gens, issus des quatre coins du continent africain, exerçant le métier de représentation commerciale.
Nos héros, ça tombe bien, incarnent un échantillon de ce petit commerce, une miniature de notre capitalisme sauvage et de ses marges d’exclus.

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Deux équipes concurrentes, l’une menée par Charles (Jacky Ido), un "sapeur" sur le retour cherchant à s’établir à son compte, l’autre, par Bébé (Éric Abrogoua), la valeur montante.
Comme partout ailleurs, la nouvelle génération bouleverse les petites habitudes. Elle ne respecte aucune règle établie pour ce qui est des horaires de travail, fixés par un syndicat invisible, ou du partage de territoire.

La comédie, bien documentée, avec un aspect ethnographique certain, tournée in situ, présente l’univers de ces jeunes hommes, mais également celui des boutiquières ayant pignon sur rue, des maîtresses femmes qui ne s’en laissent pas conter.

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Les réalisateurs ont pris modèle sur l’esthétique des films de genre japonais des années 70, avec des coups de zoom économisant les changements de plans, des couleurs franches, éclatantes, saturées avec des dominantes rouge et verte.
La bande-son est riche : outre des dialogues dans la tradition de la palabre et du théâtre de boulevard qui trouve dans ce quartier sa source, plusieurs morceaux musicaux alternent jazz et coupé-décalé ivoirien.
Le film, malgré sa problématique sociale, n’engendre pas la mélancolie.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau (1966), avec Catherine Deneuve, Philippe Noiret, Pierre Brasseur.

La Vie de château. Réal, sc : Modi Barry & Cédric Ido ; sc : Joseph Denize, d’après une idée de Matthew Gledhill ; ph : Antoine Monod ; mont : Flora Volpelière ; mu : Nicola Tescari. Int : Jacky Ido, Tatiana Rogo, Jean-Baptiste Anoumon, Ahmet Zirek, Félicité Wouassi (France, 2016, 81 mn).

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