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Egon Schiele (2016)
de Dieter Berner
publié le mardi 15 août 2017

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 16 août 2017

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En 1981, Herbert Vesely avait réalisé un film sur le peintre, Egon Schiele : Exzesse. (1)
Dieter Berner, dans ce nouveau film consacré au peintre semble avoir pris le contre-pied de Herbert Vesely.

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Ce qui lui importe n’est pas de faire de Schiele un pervers sexuel, portrait réducteur et faux, mais de montrer un art en gestation, en développement, un art qui surgit dans tous les sens, tâtonne et trouve dans des formes nouvelles de quoi nourrir une réflexion personnelle sur le monde du début du 20e siècle, à Vienne.

Pour cela, Berner choisit un acteur jeune, Noah Saavedra, dans son premier rôle principal. Un acteur dont le charme, l’énergie, l’élan et le bouillonnement intérieur, ressemble finalement à l’idée que l’on peut se faire de Egon Schiele et de l’éclatement de son génie, dès l’âge de 20 ans. Sa petite sœur Gerti, et son premier modèle, sous les traits de Maresi Riegner, manque toutefois un peu d’espièglerie et de complicité avec son frère.

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Schiele se liera avec Klimt, puis s’en éloignera ainsi que des formes du style sécessionniste, emporté par son propre élan pictural en quête de l’expression de la vie et de la mort.
Il est évidemment attiré, dans sa vie comme dans son œuvre, par la sexualité et l’érotisme, mais pour Schiele, "l’œuvre d’art érotique a, elle aussi un caractère sacré" : il s’agit de célébrer les sujets relevant de l’humain, mais avant tout dans le langage pictural. Ce que le film montre bien, lors de la pose du "modèle nu devant le miroir", composition mise en scène, réfléchie et travaillée comme le ferait un peintre de nature morte.

Le film évoque également l’intérêt de Schiele pour les manifestations corporelles de la folie ainsi que son attrait pour la psychanalyse et l’œuvre de Freud. Sa relation amoureuse avec son modèle Wally Neuzil, magnifiquement interprétée par Valérie Pachner, se traduit par une atmosphère de sérénité, de renouveau et de bonheur dans son travail et sa vie.

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Les sujets de Schiele appartiennent à sa vie, et les trois principaux, les portraits, les femmes, les paysages, sont tous évoqués. Le peintre, ange et démiurge, associant force de la vie et trouble de la mort, répète à l’envi les poses narcissiques devant le miroir. La mort intolérable de son père le poussera vers le spiritisme.

Berner ne fait pas grand cas (comme faisait Vesely) de l’accusation d’atteinte aux bonnes mœurs, du procès et de ses vingt-quatre jours d’emprisonnement - comme si cela pouvait amoindrir la force de l’œuvre et la personnalité de l’artiste, et du même coup la dramaturgie.

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Ce qu’il montre, c’est la fulgurance du peintre, sa puissance d’invention et de vision, son emportement à fabriquer de nouvelles images dans un siècle débutant par la guerre, la précocité et l’ampleur de son talent original et moderne, brutalement interrompu, à 28 ans, par la grippe espagnole. Cette jeunesse qui meurt trop tôt claque comme un coup de fouet au visage. Le film scande lentement, séquence après séquence, l’approche de la mort, visible dans les œuvres.

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Le sentiment que Dieter Brener réussit pleinement à évoquer est celui d’un manque injuste et irréparable.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Schiele était alors interprété par Mathieu Carrière, Jane Birkin incarnait Wally Neuzil, son modèle et sa compagne, Christine Kaufmann était Edith Harms-Schiele, son épouse, et Marcel Ophuls le docteur Stovel.

Egon Schiele : Tod und Mädchen. Réal, sc : Dieter Berner ; sc : Hilde Berner ; ph : Carsten Thiele ; mont : Robert Hentschel ; mu : André Dziezuk. Int : Noah Saavedra, Maresi Riegner, Valerie Pachner, Larissa Aimee Breidbach, Marie Jung (Autriche-Luxembpurg, 2016, 109 mn).

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