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Christmas on Earth (1963)
de Barbara Rubin
publié le vendredi 19 décembre 2014

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n°363, décembre 2014

Projection à Beaubourg le 19 novembre 2014

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Le Centre Pompidou a présenté une rareté de Barbara Rubin, Christmas on Earth, dans le cadre de sa programmation hebdomadaire "Film" (1).

Le film, en 16 mm noir et blanc, se compose de deux bobines de 34 minutes chacune. Il peut être montré comme un moyen métrage, les deux bandes images étant enchaînées bout à bout, ou comme à Beaubourg, sous forme de court métrage, les deux images étant alors projetées simultanément, non côte à côte, comme le sera le Chelsea Girls (1966) de Warhol (lui-même sans doute inspiré par Gance et ce que Vuillermoz appelait la polyvision), mais l’une enchâssée dans l’autre.

La bobine A, celle des "figures", pour reprendre l’expression de la cinéaste, est un petit rectangle au centre d’un plus grand, celui de l’écran dit des "images".

Le film a été tourné en 24 heures et à huis clos avec, pour ce qu’on a pu en voir, deux couples (l’un homo, l’autre pas) passant son temps à des pratiques sexuelles.

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Du fait de la surimpression, on ne distingue pas toujours avec netteté l’action ou la partie du corps impliquée par celle-ci, d’autant que, pour ajouter au trouble ou exciter un spectateur, qui n’est pas pour autant en position de voyeur (le film n’est pas, formellement parlant, pornographique puisqu’il voile ce qu’il montre et suggère autant qu’il ne dit), l’opérateur de Light Cone passe des filtres colorés devant l’un et l’autre des objectifs des projecteurs diffusant le film depuis le fond de la salle Cinéma 2.

Pour ce qui est du son, Barbara Rubin se contentait d’allumer une radio et de "zapper" d’une station à l’autre. Pour des raisons pratiques, le sous-sol de Pompidou étant sourd aux ondes sonores comme à celles des portables, on a préféré diffuser une bande-son préenregistrée à base de rock, de folk, de rythm ’n’ blues de l’époque.

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Ces conditions de projection ne font pas de cette œuvre une "performance" pour autant, plutôt un exemple historique de "cinéma élargi" (expanded cinema).

Le film était parfois projeté lors de concerts du Velvet Underground, groupe que Barbara Rubin présenta quelque temps plus tard au pape du Poo.
Il conserve d’ailleurs, dans la présentation colorée live qui en a été faite, un côté… psychédélique.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n°363, décembre 2014

1. Dans le cadre de Film 2014-2015. Cinéma et vidéo (12 novembre 2014-28 juin 2015). Barbara Rubin (1945-1980). D’après Philippe-Alain Michaud, cette œuvre n’avait pas été projetée en France depuis 2006, au Festival Ciné-court du Ciné 104 de Pantin.

Christmas on Earth (aka Cocks and Cunts). Réal : Barbara Rubin d’après Une saison en enfer de Arthur Rimbaud (1873) et Flaming Creatures de Jack Smith (1963) (USA, 1963, 30 mn).

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