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Mon garçon (2017)
de Christian Carion
publié le mercredi 20 septembre 2017

par Sol O’ Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 20 septembre 2017

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Tout le monde l’a fait valoir, et force est de constater que c’est vrai : Mon garçon est un film expérimental.

Christian Carion a cinq longs métrages à son actif, depuis 2001, avec des castings de haut niveau, et une certaine fidélité à quelques acteurs qui le lui rendent bien : Mathilde Seigner, Diane Kruger, Michel Serrault aussi.
Et Guillaume Canet, (1) avec qui il voulait travailler à nouveau.

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Pour le séduire, Carion, lui a fait valoir une idée qu’il avait depuis longtemps : le héros du film, Julien-Canet, ne saurait strictement rien de l’histoire et de son déroulement, et, à partir d’une trame libre, ce serait tourné en temps réel, quelques jours. Autrement dit, un travail d’impro, avec, comme outil de départ, un téléphone portable, des clés de voiture, et une direction minimum. Ce que Canet a accepté.

L’idée a déjà fait ses preuves pour une scène ou deux, et la captation d’une réaction naturelle et incontrôlée chez un acteur est toujours un trésor. Mais sur un film entier, elle a tout de la fausse bonne idée, et est, en tout cas, bien casse-gueule.

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Alors pourquoi une telle idée ?
Le charme du danger ? le désir d’observer (et d’utiliser) l’art et la créativité de l’acteur (Canet est aussi un réalisateur) ? la régression enfantine vers le jeu de rôles (à usage pédagogique ou thérapeutique) ? la confiance absolue dans l’inspiration du moment et la cohésion de l’équipe artistique ? L’argument de vente avant l’œuvre, dont on est au moins sûr que ça fera les titres ?

À la vision du résultat, on n’en finit pas de se le demander.
On ne se demande pas longtemps, par contre, si on aurait eu la même réaction sans être averti du "concept".

Donc Julien Perrin voyage et n’est jamais là. Son couple a volé en morceaux : Marie Blanchard (Mélanie Laurent) élève seule leur gamin. Quand celui-ci disparaît, il se découvre un amour paternel inattendu et sacrifie tout à sa recherche. Et c’est l’occasion toujours renouvelée pour Carion de filmer les champs, les campagnes, les montagnes, ce qu’il fait très bien.

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Que Canet fournisse de bonnes répliques en une seule prise, on s’en fiche un peu, un dialogue juste, c’est bien le moins quand même, et Canet a du talent, on le sait parfaitement.

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Mais Carion, que lui est il arrivé ?
Qu’est-ce que c’est que cette histoire qui tiendrait en 40 minutes et dure deux fois plus, où la moitié du temps se passe en voiture (travellings subjectifs sur la route, plans de profil du conducteur, plans de la voiture qui roule), où Canet, en surchauffe permanente, ne sait que dérouiller tous les types qui passent à sa portée et mène son enquête en six jours mieux que toute la gendarmerie savoyarde ?

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Il a fallu nourrir cet argument squelettique, d’où les appels à des vidéos montrant le bonheur ancien, avant, mission accomplie, de savourer le bonheur retrouvé (après qu’il aura expié ses fautes bénignes, quelques côtes cassées à son rival, un méchant escagassé à coups de club de golf).

Au long de l’ennui, on ne trouve jamais aucun intérêt ni narratif ni visuel, et la pauvre Mélanie Laurent est filmée de façon hideuse.

On préfère les films de justiciers de Charles Bronson, au moins, il y avait de solides scénarios qui avaient "du tombé".
Nul doute, cependant, que le film puisse plaire (les enfants de la conscience occidentale sont sources inépuisables d’émotions instantanées, eux à qui ce même Occident prépare un avenir catastrophique) et épater (il y aura de plus en plus de gens qui ne connaissent pas Bronson).

Mais nous, on regrette - infiniment - le Carion subtil et magnifique de Joyeux Noël.
Et le vrai cinéma expérimental.

Sol O’ Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Christian Carion et Guillaume Canet : Joyeux Noël date de 2005, L’Affaire Farewell date de 2009.

Mon garçon. Réal, sc : Christian Carion ; ph : Éric Dumont ; mont : Loïc Lallemand ; mu : Laurent Perez del Mar. Int : Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Olivier de Benoist, Marc Robert (France, 2017, 90 mn).

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