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Latifa, le cœur au combat (2016)
de Cyril Brody & Olivier Peyon
publié le mardi 3 octobre 2017

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 4 octobre 2017

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Latifa Ibn Ziaten, née le 1er janvier 1960 à Tétouan, Maroc, vivait tranquillement en France depuis 1977, avec son mari cheminot et ses cinq enfants, à Sotteville-lès-Rouen. Ils célébraient aussi bien les fêtes musulmanes que chrétiennes, ils allaient en vacances au Maroc. Elle ne portait pas le voile. Chez eux, ça allait bien, ils connaissaient les mondes où ils vivaient.

Son second fils, Imad, était parachutiste, maréchal des logis, et elle ne s’attendait pas à ce qu’il ait une vie paisible. Il y avait eu le Tchad, la Côte d’Ivoire, le Gabon.
Mais quand, à Toulouse, le 11 mars 2012, il a été assassiné par Mohamed Merah, toute sa vie, tout le sens de sa vie à elle, ont été remis en question.
Qu’en temps de paix, il se fasse piéger, puis flinguer en pleine ville, à 31 ans, par un jeune paumé, en mal de repères, au nom de vérités tordues, c’était non seulement une douleur irrémédiable qu’il fallait accepter, mais aussi un fait intolérable qu’il fallait dénoncer.

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Au cœur de ce paradoxe, et au croisement de deux philosophies, fatalisme et liberté, soudain téléportée dans le monde inconnu de la tragédie grecque, elle devait affronter cette "catastrophe" dont elle n’avait pas idée, qui ne pouvait être accidentelle, qui ne pouvait être que nécessaire. Bien qu’il y ait eu aussi six autres morts - pour elle en tout cas, cette rencontre entre la victime et son assassin, c’était un signe de son destin à elle.

Latifa ne connaissait pas Aristote.
Mais instinctivement, face à l’incompréhension, elle choisit l’action, la synthèse, elle choisit le "dénouement".

Alors, tout de suite, sans attendre, elle se mit à porter un foulard, comme il convenait à son deuil, comme le faisaient aussi les femmes des guerres du 20e siècle français, et, le 20 avril 2012, elle fonda une association. (1)

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Puis elle prit son bâton de pélerin, à la rencontre des adolescents et de leurs parents, dans les écoles, les cités, les prisons, pour enseigner une autre vérité : la sienne, faite de tolérance et de dialogue, une vérité qu’elle ne connaissait peut-être pas aussi nette, avant le basculement. Elle avait trouvé son chemin.

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Le travail que Latifa Ibn Ziaten effectue depuis lors, pour avertir et faire réfléchir sur la religion et le djihad, est exemplaire. Et cette héroïne tragique, il était inévitable qu’elle inspire des documentaristes aussi chevronnés que Cyril Brody et Olivier Peyon.

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Leurs caméras, en la suivant à travers la France et jusqu’en Israël-Palestine, montrent bien à la fois la difficulté (pas facile d’éveiller les consciences) et le plaisir éprouvé (lorsque ces consciences semblent s’éveiller). Latifa ne vient pas pour produire un spectacle renouvelé, mais pour accomplir le travail ingrat de répétition qui constitue toute pédagogie. Son discours d’éveil prend donc forcément les mêmes formes, comme celles que prennent les réactions des ados.

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Même en variant les angles, en évitant les répétitions, en accentuant telle ou telle réaction, le propos demeure similaire et l’impression de piétinement dialectique s’insinue. D’où la sensation de quelques longueurs - même si les séquences finales à Tel-Aviv ou à Ramallah ouvrent de larges perspectives.

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Qu’importe.
Les spectateurs sont censés accompagner cette longue patience, et, peut-être, dans la crainte et la pitié, se purger de leurs passions, en une catharsis nécessaire.
Comme toutes les héroïnes tragiques, Latifa est une belle personne.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. IMAD. Association pour la jeunesse et pour la paix.

Latifa, le cœur au combat. Réal, sc : Cyril Brody & Olivier Peyon ; mont : Catherine Birukoff et Lizi Gelber ; mu : Fabien Kourtzer et Mike Kourtzer. Int : Lafita Ibn Ziaten (France, 2016, 97 mn). Documentaire.

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