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Villa (la) (2017)
de Robert Guédiguian
publié le mardi 28 novembre 2017

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de la Mostra de Venise 2017

Sortie le mercredi 29 novembre 2017

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Dans une calanque près de Marseille, la fratrie se rassemble autour du père et de son restaurant ouvrier, dont l’un des fils continue à s’occuper. C’est l’heure et l’âge des bilans, toujours un peu amers, et des perspectives, toujours un peu brumeuses. La grande question si artificielle - Qu’as-tu fait de ta jeunesse ? - n’obtient jamais de réponses ensoleillées, et comme dirait Miss Météo, la nostalgie n’est pas forcément "au rendez-vous".
Le film a été sélectionné à la Mostra de Venise 2017, a bénéficié d’une large publicité et a été projeté en avant-première un peu partout en France.

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Est-ce le quinzième ou le seizième épisode de la saga de l’Estaque ? On n’arrive plus à les compter.
Le projet de cette saga, malgré la concurrence récente des séries de toutes sortes, est sans guère d’équivalent. Il reste original par son ton et son point de vue et pourrait continuer à nous captiver.
Mais, hélas, son état actuel d’usure ne peut que faire regretter le bon vieux temps.

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En l’occurrence, dans La Villa, l’extrait ancien de Ki lo sa ? (1), avec la chanson de Dylan en prime, fonctionne comme un repoussoir : ainsi donc, il y eut un temps de la fraîcheur, où la grâce régnait dans les films de Guédiguian. Un temps où le scénario ne se contentait pas des situations familiales les plus éprouvées, où les clichés n’alourdissaient pas sans cesse la marche du film, où les acteurs ne s’évanouissaient pas à force de jouer dans les mêmes vieux habits métaphoriques.

On peut d’ailleurs se demander quel a été le rôle exact du dramaturge Serge Valetti, alors que sa collaboration aurait pu être une excellente occasion de renouveau. On y aurait bien vu une pincée bien dosée d’Aristophane. (2) Tout en restant dans la famille élargie et dans la région, le piment aurait peut-être relevé le goût de la sauce en oxygénant nos amis essoufflés.

Car, voilà, les nouveaux apports sont inefficaces et n’apportent pas de sang neuf, la greffe ne prend pas sur ce monde calcifié.
Le personnage de Anaïs Demoustier ne tient pas la route sans qu’on sache s’il s’agit d’un mauvais casting ou d’un mauvais profil. Robinson Stévenin en jeune homme décalé est raté. Réciter Claudel en ravaudant ses filets de pêche, "alors là, ça me fige" dirait Brassens.
Ce sont pourtant deux acteurs qu’on aime beaucoup.

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Et puis, les anciens - auxquels on est "profondément" attaché, un peu comme on aime sa famille - se parodient et le font mal.
Gérard Meylan se fait de plus en plus secondaire, quasiment collatéral. Jacques Boudet, qui peut tout jouer, est aiguillé sur une voie de garage, comme si le suicide assisté ne méritait plus qu’une apparition "à quota", dans un film de gauche.
Jean-Pierre Darroussin vieillit à rebours et semble de plus en plus alerte au fur et à mesure qu’il fatigue. C’est comme s’il trimbalait désormais, dans son corps, quelques rôles majeurs sédimentés sans pouvoir s’en défaire, un rocker factotum, un pitoyable adultère, un espion méfiant. (3) Malgré son indéfectible fidélité, il est à côté de la plaque.

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Quant à Ariane Ascaride en vieille star adulée par un minot, c’est assez dur, même dans le cadre du théâtre public et de sa lente répétition. Elle mérite tellement mieux.

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Tous ces acteurs de grand talent ne parviennent même pas à nous faire renifler les senteurs des plantes méditerranéennes, qui nous auraient comblés, en décalage et progression subtils du Guédiguian d’autrefois et de ses combats. Au détour de quelques images, on les perçoit pourtant comme un possible vrai sujet du film, dans un écosystème en voie de disparition. Illusion ? Contresens ?

C’est peut-être que la working class est devenue un filigrane, une étoile morte qui ne se "partage" plus, même sur le mode mineur du cœur serré.
Peut-être que malgré les efforts médiatiques et politiques pour les tenir par l’émotion, nos cœurs justement s’endurcissent, et que la brûlante actualité des tueries de migrants, pourtant destinée à se perpétuer si ce n’est à s’amplifier, ne peut plus être traitée de façon délicate.

Peut-être aussi que toute la bande le sait, qu’elle s’ennuie, et que personne n’est parvenu à trouver de chemin secret vers une réanimation ou un vrai rebond. Celui dont on aurait pourtant tant besoin.

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On aimerait tellement penser que c’est la faute au temps, et pas à Guédiguian qui ne l’aurait pas vu passer.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Ki lo sa ? (1985)

2. Depuis 2011, Serge Valetti se consacre à l’œuvre complète de Aristophane.

3. Un air de famille de Cédric Klapisch (1996) ; La Bûche de Danièle Thomson (1999) ; Le Bureau des légendes de Éric Rochant (2015-2017).

La Villa. Réal : Robert Guédiguian ; sc : RG & Serge Valletti ; ph : Pierre Milon ; mont : Bernard Sasia. Int : Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Jacques Boudet, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin (France, 107, mn, 2017).

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