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Une saison en France (2017)
de Mahamat Saleh Haroun
publié le mercredi 31 janvier 2018

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 31 janvier 2018

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Le film de Mahamat Saleh Haroun échappe à "l’appréciation".
Non pas parce qu’il est, depuis l’année dernière, ministre de la Culture au Tchad, (*) ni parce qu’il a, derrière lui, depuis bientôt 20 ans, une quinzaine de films incontestés (courts et longs) (1), et qu’il cumule les honneurs.
Mais peut-être parce que cette Saison en France est son premier film sur la France (2), et qu’il est difficile d’être juge et partie, alors même que - démocratie oblige - nous sommes tous responsables de la situation scandaleuse qui perdure : bien qu’elle bénéficie toujours de de cette vieille image - les stéréotypes ont la vie dure -, la France n’est plus, et depuis longtemps, une terre d’asile.

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Abbas, prof de Français dans son pays, après avoir perdu sa femme dans la guerre civile qui fait rage en Centrafrique, se réfugie en France, avec ses deux enfants. Il a un petit métier sur les marchés, il rencontre une Française, fleuriste, Carole.

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Une famille se recompose, équilibre fragile, chaleur pudique, rapports délicats, courage pour chaque jour. Dans cette banlieue sans histoire, Eriq Ebouaney l’intello et Sandrine Bonnaire la femme inquiète sont parfaitement compatibles et les enfants sont chouettes (et scolarisés).

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Abbas s’occupe de ses papiers, patiemment, tout bien comme il faut, avec les administrations, avec les associations, même si on ne fait qu’apercevoir les lettres officielles et les salles d’attente. C’est une évidence : il a trouvé un port et une place naturelle dans une langue qui est aussi la sienne.

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Mais on n’est pas sur Ciné émotion ou Ciné famiz, là où çà se termine bien, juste parce que c’est juste. Abbas attend ses papiers, attend sans fin, s’épuise. Les papiers lui sont refusés, et c’est une OQTF qu’il reçoit. (3) Quant à Carole, elle encourt cinq ans de taule et une énorme amende "pour avoir aidé au séjour irrégulier d’un étranger". Alors Abbas renonce avant d’avoir épuisé tous les recours possibles, apatride même pas clandestin : exclu sans appel de la communauté des humains.

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Le regard de Mahamat Saleh Haroun est discret, gardant sa caméra toujours un peu à distance, choisissant de longs plans séquence qui permettent aux acteurs d’aller au bout des situations, évitant les gros plans pour se garder de tout pathos, ne désignant pas les responsables.
Pas de récrimination non plus. Le cris de rage devant l’échec et le renvoi aux enfers, ça n’a jamais aidé les dénonciations.

Mais son regard n’évacue rien : les graffitis hostiles, l’immolation par le feu, l’amertume de son ami, prof de philo devenu vigile, qui vit seul dans une cabane et lit des livres.

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Ni cette fin, ouverte et glaciale, le père et ses deux gosses contraints de s’évanouir dans le vide.

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M.S. Haroun, né au Tchad en 1961, a résidé en France à partir de 1982, après avoir fui la guerre civile du Cameroun. Il a connu l’exil et l’angoisse, même s’il a fini par être accepté et fêté. Il devait rendre hommage à ceux qui n’ont pas eu sa chance.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

* NDLR : Mahamat Saleh Haroun a quitté ses fonctions de ministre de la Culture et du Tourisme le 8 février 2018.
"Je ne suis pas devenu ministre pour laver la mémoire du Tchad", avait-il déclaré début février, dans un entretien au magazine Jeune Afrique.

1. Dès son premier film, Bye Bye Africa (1999), puis avec Daratt (2006), il est reconnu et récompensé par la Mostra de Venise. Le Festival de Cannes sélectionne Gris Gris (2013) et Hissein Habré, une tragédie tchadienne (2016) et récompense Un homme qui crie (2010). Naturellement, Haroun est un habitué du FESPACO.

2. Mis à part, peut-être, son téléfilm, Sexe, Gombo et Beurre salé (2007), qui se passe à Bordeaux.

3. OQTF, ça s’appelle comme ça : obligation de quitter le territoire dans les 30 jours.

Une saison en France. Réal, sc : Mahamat Saleh Haroun ; mont : Marie-Hélène Dozo ; mu : Wasis Diop. Int : Ériq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayna Lys, Ibrahim Burama Darboe, Bibi Tanga, Léonie Simaga, Régine Conas, Khampha Thammavongsa (France, 2017, 100 mn).

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