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Meusy, Jean-Jacques (livre)
Écrans français de l’entre-deux-guerres (2017)
publié le samedi 10 février 2018

par Lucien Logette
Jeune Cinéma n° 384, décembre 2017

Jean-Jacques Meusy, Écrans français de l’entre-deux-guerres, t. 1 : L’Apogée de l’art muet ; t. 2 : Les Années sonores et parlantes, Paris, AFRHC, 2017.

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Il y a un peu plus de vingt ans, exactement depuis la publication, en 1995, de Paris-Palaces ou le temps des cinémas (1894-1918) (1) qui faisait un point définitif sur le sujet, qu’on attendait l’aboutissement du "grand œuvre" de Jean-Jacques Meusy.

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Ce nouvel ouvrage, en deux volets, reprend l’état des lieux arrêté à la fin de la Première Guerre et le prolonge jusqu’à la suivante. Et même un peu au-delà, puisque l’activité de certaines salles inaugurées durant la période est décrite jusque dans les années 50, lorsque leur histoire est pertinente (Ursulines, Studio-Parnasse, etc.).

Devant un tel ouvrage, nous ne pouvons que reprendre ce que nous avons écrit un peu plus haut, à propos de Continental Films : comment rendre compte d’une pareille somme sans la dénaturer ?
612 pages grand format, bourrées de faits, de dates, de descriptions, de renseignements chiffrés ; 801 notes en fin de volume(s) ; 44 pages d’index ; 173 institutions et archives explorées et remerciées. On a renoncé à compter les illustrations (entre une et cinq par double page).

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Que dire ? Entrer dans le détail, mais par quelle porte ?
Choisir une époque - mais laquelle ?
Ou tel Pierre Ménard, le héros de Borgès, recopiant Don Quichotte, retranscrire mot à mot l’ouvrage ?

Car Jean-Jacques Meusy aborde tout : les emplacements des salles (comment elles s’intègrent dans le tissu urbain ou le modèlent), leur architecture et ses évolutions, les contraintes d’espace et les acrobaties des concepteurs pour respecter leurs cahiers des charges, l’importance de la mode - le triomphe de l’Art déco, l’imitation des palaces américains -, les transformations dues à l’arrivée (progressive) du parlant.

Et pas seulement les salles parisiennes, mais maintes salles provinciales, dans les métropoles régionales ou dans les bourgades, toujours en fonction de l’intérêt architectural - avouons notre faible pour le Bompard de Marseille (t. 1, p. 138), le Kernevel-Palace de Sinceny (t. 1, p. 189), l’Eden de St-Jean d’Angély (t. 2, p. 75) ou le Hublot du Croisic (t. 2, p. 113) qui ont la particularité, comme le Ranelagh ou la Pagode, à Paris, de ne pas ressembler à des salles de cinéma.

En même temps qu’une histoire des salles, c’est une histoire de l’économie du cinéma français qui se dévoile ainsi, celle des grands groupes d’exploitation (Lutetia-Fournier et ses 11 000 places offertes entre 1918 et 1922, les neuf salles parisiennes des Établissements Aubert dans les années 20), leur apogée, leurs regroupements, leur effondrement, le bouleversement dû au parlant.
Passent des noms autres que Pathé et Gaumont : Jacques Haïk, Bernard Natan, Braunberger-Richebé (et Émile Couzinet dans sa province).
On découvre que des architectes se sont spécialisés dans la construction de salles, chacun avec ses traits particuliers. On retrouve avec plaisir l’histoire du réseau des Cinéac, que tous les utilisateurs des gares parisiennes fréquentèrent dans les années 50 et (un peu) 60, histoire déjà esquissée dans un numéro ancien des Cahiers de la Cinémathèque.

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Chaque page apporte son lot de précisions neuves pour le non-spécialiste (mais combien existe-t-il de véritables spécialistes du sujet ?), sans qu’on ait jamais l’impression de perdre pied.

Quelques termes spécifiques d’architecture exceptés - on n’a pas cherché à percer le sens de "corniche à modillons" ni de "voûte sur fermes", c’est de la poésie pure -, tous ces développements a priori arides se dégustent, tant on sent derrière ces descriptions un amour pour ce qui est décrit.

Pour ceux qui ont vécu avant les multiplexes, qui ont connu l’émotion sacrée d’entrer au Gaumont-Palace, le livre éveille des vibrations enfouies, jamais oubliées.

Pour les plus jeunes, c’est un album d’images merveilleuses. Car l’iconographie est sublime, qu’il s’agisse de mégasalles légendaires, Louxor ou Rex, ou de modestes établissements de villages, Ciné-Variétés de Ste-Foy-l’Argentière (qui ressemble à une grange) ou cinéma de Saint-Vallier (qui ressemble à un chalet suisse).

Le(s) livre(s) refermés, on repart en boucle pour un autre parcours admiratif. Que demander de plus ?

Lucien Logette
Jeune Cinéma n° 384, décembre 2017

1. Jean-Jacques Meusy, Cinémas de France 1894-1918. Une histoire en images Paris, Arcadia Éditions, 2009.

NDLR : Pour ceux qui pratiquent Facebook, signalons deux groupes de grands connaisseurs :

* Salles de cinema de la France d’autrefois, banlieue et province.

* Photos des cinémas parisiens disparus

Jean-Jacques Meusy, Écrans français de l’entre-deux-guerres, t. 1 : L’Apogée de l’art muet ; t. 2 : Les Années sonores et parlantes, Paris, AFRHC, 2017, 354 p. + 258 p. (coffret).



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