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Ami américain (l’) (1977)
de Wim Wenders
publié le lundi 12 mars 2018

par Claude Benoît
Jeune Cinéma n° 104, juillet 1977

Palme d’or du Festival de Cannes 1977

Sorties les mercredis 28 septembre 1977 et 14 mars 2018

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Il y a déjà des éléments du cinéma policier dans les précédents films de Wim Wenders, mais ils sont très dépouillés, très intellectualisés. L’Ami américain, par contre, est, d’une manière immédiate, un thriller. Adapté librement d’un roman de Patricia Highsmith, c’est une suffocante et funeste histoire de coercition, de violence et de mort.

Les personnages occupent une place primordiale dans les films de Wenders, qui agence toujours son récit autour d’eux. Dans L’Ami américain, le récit s’ordonne, à Hambourg, autour de deux hommes : Jonathan Zimmerman (Bruno Ganz) et Tom Ripley (Dennis Hopper).

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Jonathan est un homme tranquille qui vit du métier d’encadreur, dans un quartier d’artisans, à Hambourg. Marié, père d’un enfant, il est dépositaire d’un douloureux secret : atteint de leucémie, il n’a plus devant lui qu’un temps très court à vivre.

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L’Américain Tom Ripley est un "étrange étranger" : sans point d’attache - son seul ami est un vieux peintre, Derwatt (Nicholas Ray) - constamment entre l’Amérique et l’Europe, il fait plus ou moins le trafic de faux tableaux et a de vagues relations avec la pègre.

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Sans en avoir mesuré les conséquences (surtout vis-à-vis de l’épouse, Marianne, Lisa Kreuzer), Ripley entraîne Jonathan dans une aventure exceptionnelle et dangereuse. L’Ami américain, c’est donc l’histoire de leur rencontre, de leurs rapports inhabituels, de leur amitié, de leur séparation : une histoire qui, tout à la fois, fascine, embarrasse et défie l’analyse.

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La singularité du récit policier narré par Wenders est encore accentuée par l’emploi de plusieurs langues.
Bien que le film se déroule d’abord en Allemagne, quelques séquences ont lieu à Paris (à la Défense) et aux États-Unis. Il y a des gangsters français (Minot, incarné par Gérard Blain) et des gangsters américains (leur chef est interprété par Sam Fuller) ; des Américains aventuriers par vocation (Ripley) et des Allemands qui le sont malgré eux (Jonathan).

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Cette interpénétration des langues et des origines crée un climat irréel : les lieux (la maison ronde de Ripley, l’atelier de Jonathan, l’appartement lumineux de Minot) prennent un relief déroutant, et les gens qui y habitent, y travaillent ou y passent, semblent avoir à chaque fois une identité différente. Car, dans L’Ami américain, Wenders a le souci constant de ne jamais nous laisser savoir où l’on est, ni où l’on en est.

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Il y a aussi, dans ce film, des moments d’une extrême violence (le premier meurtre à Paris, sur l’escalier mécanique du RER, la séquence fulgurante du Trans-Europe-Express, le traquenard nocturne qui entoure la maison de Ripley), mais la violence la plus grande est celle que les personnages portent en eux. Ainsi, à la fin, tous sont détruits, sauf Ripley, suspendu à son incertitude et à son vide intérieur.

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Sans doute Wenders joue-t-il ici le jeu du thriller, mais il le joue autrement. "C’est un film pour le grand public, un film à suspens, où tout est transformable, tout reste ouvert, tout est menacé" dit-il.
Les amateurs de films noirs ne s’étonneront donc pas d’y relever l’influence - d’ailleurs explicite - de Sam Fuller et de Nick Ray, et non celles de Hitchcock et de Lang : Wenders avoue ses sources, il n’a pas besoin d’alibis.

Claude Benoît
Jeune Cinéma n° 104, juillet 1977
Repris dans Wim Wenders, Jeune Cinéma hors série, décembre 1989.

L’Ami américain (Der Amerikanische Freund). Réal, sc : Wim Wenders, d’après Ripley s’amuse et Ripley et les ombres de Patricia Highsmith ; ph : Robby Müller ; mont : Peter Przygodda ; mu : Jürgen Knieper. Int : Bruno Ganz, Dennis Hopper, Lisa Kreuzer, Gérard Blain, Nicholas Ray, Samuel Fuller, Daniel Schmid, Jean Eustache, Lou Castel, Peter Lilienthal (Allemagne, 1977,127 mn).



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