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Razzia (2017)
de Nabil Ayouch
publié le mercredi 14 mars 2018

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 14 mars 2018

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Table rase du passé, de la tradition marocaine et des lois qui contraignent et étouffent, tout dans Razzia exprime la révolte du peuple, d’abord celles des années 80 contre l’introduction dans l’enseignement de la langue arabe classique et de l’islam salafiste, et celles de 2005, contre les mesures répressives du gouvernement à l’égard des mœurs : interdiction de concerts publics, répression des homosexuels, non à la libération des femmes.

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Une femme amoureuse relie ces deux époques. Sa vie durant, elle va chercher le professeur qui enseignait le berbère aux enfants d’un village de l’Atlas. Elle traverse trente-cinq années de tourmente et côtoie cinq destinées.
Le film est d’une belle modernité, tant par le regard porté sur le pays et la ville, Casablanca, que sur le plan formel. La mise en scène évoque la coexistence, comme autant de facettes sur ce monde, des multiples reflets de la société marocaine, enfouis dans l’inextricable proximité des cultures juive, arabe et chrétienne.

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Sous forme de puzzle, fragmenté en plusieurs récits saisis entre tradition et présent, les personnages vivent, se rencontrent et volent en éclat dans un affrontement explosif final. Mais avant ce déchirement ultime où, dans une scène poignante, naît l’éveil d’une conscience et sa souffrance, Nabil Ayouch filme ses protagonistes avec l’intime conviction qu’en chacun d’eux réside ce désir ardent de vivre et de vivre libre.

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L’actrice principale, Maryam Touzanit, efface de son visage, de façon répétitive, telle que ferait une artiste du body art, les marques de l’étreinte forcée de son mari. Plus tard, elle quitte l’appartement en tirant sa valise, le visage ébloui d’une joie immense.
Joe le restaurateur, est éconduit par une femme parce qu’il est juif. Le jeune homme sortant pour sa première embauche, le casque aux oreilles, arborant fièrement son allure, n’imagine pas qu’il sera broyé par le destin quelques secondes plus tard.

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Les personnages d’Ayouch vivent dans la fureur et la mélancolie, la tristesse et le bonheur des jours, ils ont cette soif sans mesures de se réaliser dans leur pays. Un pays où l’Islam modéré n’a pas résolu le problème de la misère, de la prostitution, ni celui de l’asservissement des femmes. Un pays capable pourtant de les faire rêver, loin du mythe de la Casablanca construit par le film de Michael Curtiz. Rêver à l’impossible rêve d’une vie libre.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Razzia. Réal, sc : Nabil Ayouch ; sc : Maryam Touzani ; ph : Virginie Surdej ; mont : Sophie Reine. Int : Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Amine Ennaji, Abdelilah Rachid (France-Maroc-Belgique, 2017, 119 mn).



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