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America (2017)
de Claus Drexel
publié le mercredi 14 mars 2018

par Claudine Castel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 14 mars 2018

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En ouverture de America, une voix off : American dream is over, sur les paysages de l’Arizona, où Claus Drexel (1), interpellé par la candidature de Donald Trump, s’est posé pour découvrir ce que pensaient des élections présidentielles les habitants de Seligman à l’automne 2016.

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Petite ville de 450 âmes sur la route 66, où John Steinbeck situa l’exode des fermiers ruinés des Raisins de la colère, Seligman a perdu la gare à l’origine de sa construction ; désormais enclavée (une autoroute la contourne), désertée, elle périclite.

"C’est l’île des jouets cassés" dit une femme qui votera Bernie Sanders. Elle ajoute : "Les gens sont mécontents de leur salaire, de leur assurance-maladie. Ils ne veulent ni d’une femme président, ni d’un homme noir". Si elle fait partie de la minorité anti-Trump, elle est en accord avec le rejet unanime de Hillary Clinton.

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Alternant les plans de paysage et les entretiens, Drexel filme les femmes et les hommes de l’Ouest en plan fixe et grand angle, en extérieur ou dans l’espace de leur habitat qui traduit leur manière d’être.
La chambre d’un motel résume la solitude de l’ex-infirmière, que la vie a usée et qui dit, en termes laconiques, un fait saisissant vécu pendant la guerre du Viet Nam.
L’homme de la station service qui arbore un tee-shirt Hillary for prison 2016 est un drôle de paroissien de l’église du calvaire dont les propos nous ramènent au temps de la guerre froide et du maccarthysme.
Aux antipodes, un Indien Hopi manchot - dont on se demande comment et où a-t-il dû faire le deuil de son bras - nous projette dans sa pensée animiste et nous reconnecte à la nature.

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En écho avec l’actualité, le débat omniprésent sur les armes et le 2ème amendement nous cueille de plein fouet. L’absence de justice et de police sert d’argument à l’implicite, une communauté soudée par le repli, la peur de l’autre : "Si vous décidez de vivre ici, soit vous adorez, soit vous détestez. Et si vous détestez, on veut pas de vous ici. Même si vous adorez, on voudra pas de vous" assène une serveuse de bar.

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Après avoir entendu le point de vue raisonnable du marchand d’armes, on reste sidéré face à la jeune femme enceinte qui a appris le maniement des armes à son aîné dès l’âge de cinq ans. On la revoit avec son nouveau-né dont elle dit que s’il fait preuve de maturité, il héritera de l’arme de son frère. Les garçons s’apellent Jesse et Wyatt… (2)

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Un large éventail de portraits captivants dessine en pointillé la géographie humaine de l’Amérique des marginaux attachés à leur pays. Paysages mythiques somptueux du western : déserts rouges du Grand Canyon, de Monument Valley. En contrepoint, l’érosion du temps s’inscrit dans les bâtiments en ruines, les enseignes et les belles voitures des années 60. Les couleurs et la lumière de la golden hour font songer à William Eggleston (3) qui, le premier, photographia la réalité ordinaire saturée de couleurs des campagnes du Sud.

Claudine Castel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Claus Drexel a réalisé Affaire de famille, avec Miou-Miou et André Dussolier (2008) et Au Bord du Monde, un documentaire sur les sans-abris parisiens (2013).

2. En référence à Jesse James et à Wyatt Earp.

3. Cf un portrait de l’artiste en road movie : By the Ways, A Journey with William Eggleston de Cedric Laty & Vincent Gérard (2005).

America. Que reste-t-il du rêve américain ? Réal : Claus Drexel ; ph : Sylvain Leser ; mu : Ibrahim Maalouf ; mont : Véronique Bruque (France, 2017, 88 mn). Documentaire.



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