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Vent du Nord (2017)
de Walid Mattar
publié le mercredi 28 mars 2018

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 28 mars 2018

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Après six courts métrages, Walid Mattar, qui vient du monde ouvrier et sait donc de quoi il parle, nous livre ici un magnifique premier long métrage.
Vent du Nord est un témoignage intelligent et sensible sur la dérive du monde capitaliste, qui délocalise les entreprises françaises, principalement du Nord de la France, pour les installer là où la main-d’œuvre est bien moins chère, par exemple au Maghreb.

Walid Mattar prend le parti de nous raconter deux histoires en parallèle.

La fabrique de chaussures du Pas-de-Calais se délocalise à Tunis et licencie son personnel. Hervé en profite pour réaliser son rêve : devenir pêcheur avec son fils, mais l’administration française, avec ses rouages kafkaïens, l’en découragera.

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De l’autre côté de la Méditerranée, Foued, jeune chômeur, accepte le travail qu’exerçait Hervé dans l’usine de chaussures, installée dorénavant en Tunisie.
Il comprendra très vite qu’il y est exploité et décidera (aussi par dépit amoureux) d’aller chercher du travail en France, en traversant illégalement la mer.

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Le film raconte donc ces allers et retours, d’un continent à l’autre, d’une désillusion à l’autre, traçant finalement les mêmes trames d’une histoire du monde ouvrier, qui a sensiblement les mêmes traditions dans le Nord de la France que dans la banlieue de Tunis : le café, l’univers des hommes, les femmes comme enjeux, la mélancolie et la mer par là-dessus, qui berce ce petit monde qui aurait pu être un paradis et que les possédants transforment en enfer.

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L’entreprise délocalisée, pour le bénéfice de quelques actionnaires, met à mal l’équilibre économique des deux pays : la France en la privant encore une fois de moyens de production, et la Tunisie où l’État, quasi absent, permet qu’on s’enrichisse sur le dos de ses citoyens. Si bien que ceux-ci n’auront qu’un seul but : partir pour la France pour y devenir à leur tour chômeur, situation incroyablement absurde.

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Le film n’est pas seulement un réquisitoire, mais un film d’amour qui, d’un côté à l’autre de la Méditerranée, raconte les liens qui unissent les membres des familles, et les rêves d’un jeune désabusé.
On sent ici la patte de Leyla Bouzid, une des trois coscénaristes du film, avec laquelle Walid Mattar avait déjà, en 2006, coréalisé Sbeh El Khir, dans le cadre du projet 10 courts, 10 regards de jeunes cinéastes tunisiens, pour le Festival de Cannes.

Leyla Bouzid a beaucoup de talent et elle connaît bien la situation tant française que tunisienne. Le résultat est un très beau film, qui donne des lettres de noblesse à ce qu’on peut peut-être encore appeler le prolétariat. Malgré son côté assez désespéré, Vent du Nord ne se laisse pas gagner par la morosité. Le film débute et se termine par un feu d’artifice, signe de liesse et de victoire. Qui sait, peut-être un jour la justice triomphera-t-elle, malgré les États qui la briment ?

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Vent du Nord. Réal, sc : Walid Mattar ; sc : Leyla Bouzid, Claude Le pape ; ph : Martin Rit ; mont : Lilian Corbeille ; mu : Malek Saied. Int : Philippe Rebbot, Mohamed Amine Hamzaoui, Kacey Mottet Klein, Corinne Masiero, Abir bennani, Thierry Hancisse. (Belgique-France-Tunisie, 2017, 89 mn).



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