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Everybody knows (2018)
de Asghar Farhadi
publié le mercredi 9 mai 2018

par Bernard Nave
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle du Festival de Cannes 2018, film d’ouverture

Sortie le mercredi 9 mai 2018

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Qu’il tourne en Iran, en France, en Espagne, il reste dans les films de Farhadi des constantes qui d’une certaine manière sont les gages d’un certain niveau de qualité, même si l’on peut préférer tel titre plutôt que tel autre. L’écriture du scénario et la direction des acteurs et des actrices restent les deux piliers de son style, ce qui se confirme dans son dernier film. En Espagne donc, dans un gros bourg de Castille dans lequel revient Laura avec ses deux enfants et sans son mari resté en Argentine pour "raisons professionnelles".
L’occasion est le mariage de sa sœur. Une longue (un peu trop peut-être) première partie détaille le bonheur de se retrouver, la gaîté des festivités. Les rires, les danses, la musique s’enchaînent comme il se doit en telle occasion.
De quoi détourner l’attention du spectateur sur quelques détails insolites qui préparent la "catastrophe" à venir : la disparition en pleine nuit de la fille de Laura.
Et puis Laura retrouve Paco qu’elle aimait avant de partir pour l’Argentine épouser Alessandro.

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La famille de Laura occupe une place un peu à part dans le village de par sa position économique. On le voit, il y a suffisamment d’ingrédients pour que l’enlèvement de la jeune adolescente Irène fasse imploser ce petit monde, d’autant que le clan refuse de solliciter la police et essaye de rassembler le montant de la rançon réclamée par les kidnappeurs dont on devine qu’ils sont des proches. L’arrivée d’Alessandro, le mari, alerté par Laura va introduire un élément décisif dans la conduite du récit.

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Sans entrer dans le détail, ce qui aurait pu n’être qu’un film de genre devient nettement plus complexe, plus sombre aussi tant la dimension psychologique, les éléments du passé entre Laura, Paco et Alessandro ouvrent des voies inattendues dans le scénario.

L’enchevêtrement des fils narratifs, la manière dont Asghar Farhadi les tisse puis les démêle, tout contribue à créer un univers ambigu dont on ne ressort pas indemne, d’autant plus que le film ne cherche pas à tout résoudre dans sa clôture.
En effet, Irène retrouvée, tout semble se vider. La famille retourne en Argentine, Paco retrouve sa maison déserte. Il a suffi de quelques jours pour que ce qui paraissait être un ordre aimable devienne un désastre ordinaire.

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On retrouve là un schéma qu’ Asghar Farhadi aime travailler tout en renouvelant son approche.
C’est aussi la justesse de la distribution qui permet de renouveler la tension dramatique d’un film à l’autre. Ici, le casting se situe dans le haut de gamme, avec le choix intelligent de choisir le contrepied par rapport à l’image attendue de ses stars. Pas de glamour chez Penelope Cruz, pas de virilité chez Javier Bardem, la fragilité et les fêlures pour Ricardo Darin. On pourrait aussi mettre en avant la qualité de l’interprétation pour Barbara Lennie (Bea, la femme de Paco) et de plusieurs autres interprètes de personnages secondaires.

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C’est surtout dans l’articulation entre une écriture sophistiquée et la direction d’acteurs de premier plan que se déploie le style Farhadi. On en veut pour preuve la manière dont il gère le personnage de la mère de Laura, qui traverse le film quasiment sans parler, mais qui dans sa façon de regarder les autres personnages droit dans les yeux manifeste la plus grande compréhension de ce qui se joue.
Si tout le monde sait, il faut au spectateur s’armer lui aussi de l’acuité du regard pour percer les apparences.

Bernard Nave
Jeune Cinéma en ligne directe

Eveybody knows (Todos lo Saben). Réal, sc : Asghar Farhadi ; ph : Jose Luis Alcaine ; mu : Alberto Iglesias. Int : Penelope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin, Barbara Lennie (Espagne-France-Italie, 2018, 130 mn).



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