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Cicatrice intérieure (la) (1972)
de Philippe Garrel
publié le mardi 15 juin 1971

par Gérard Lionet
Jeune Cinéma n°63 de mai-juin 1972

Philippe Garrel a réalisé six longs métrages : Anémone, Marie pour mémoire, Le Révélateur, La Concentration, Le Lit de la vierge, La Cicatrice intérieure.

Marie pour Mémoire a été réalisé en 1967.
Enfants blessés dans une société malade : la blessure est ouverte, un cri constant que rien ne vient apaiser. La sévérité du style de Garrel ne fait qu’accentuer cette blessure qui ne se refermera pas.
Un couple enlacé en bordure d’une autoroute, au fond, une ligne d’HLM hideux dans la grisaille d’une journée morne. La jeune femme ne cesse d’appeler son enfant : enfant qu’elle n’a pas été, qu’elle ne sera plus, et enfin, enfant qu’elle n’aura pas - personnages d’un monde sans vie.

Dans La Cicatrice intérieure, , cinq ans plus tard, le couple semble avoir quitté l’environnement où il évoluait dans Marie pour mémoire, mais nous le retrouvons avec sa solitude, cette blessure permanente - thème constant de tous les films de Garrel.
Une femme seule sur un rocher près d’un chemin. Du fond de l’écran, un homme arrive en regardant derrière lui. À la hauteur de la jeune femme, il la fait lever, la tient par le corps, il regarde toujours derrière lui. La caméra par un travelling latéral les accompagne, puis s’arrête : le couple disparaît dans un paysage grandiose.

Cette première séquence peut ne pas être la première. Le film est sans chronologie, sans lieu précis. Il est composé d’une vingtaine de séquences comme celle-ci.
Ici, il y a utilisation du travelling latéral presque toujours, comme pour mieux nous faire entrer dans l’univers du réalisateur, et aussi, en voyageant avec ses personnages, tenter une communication avec eux. D’habitude Garrel utilisait de longs plans fixes.

Le choix des paysages, le cadrage des acteurs sont remarquables.
À chaque séquence, la solitude nous est montrée dans une nouveau lieu, d’une rare beauté - beauté qui est un support aux sentiments exprimés - comme pour adoucir cette solitude, cette détresse.

Souvent les acteurs sont placés à gauche de l’écran, ils regardent devant eux découvrant un espace. Peut-être que ces personnages, qui ne combattent pas mais subissent leur souffrance, ont au fond d’eux-mêmes une lueur d’espoir

Gérard Lionet
Jeune Cinéma n°63 de mai-juin 1972

La Cicatrice intérieure. Réal, sc : Philippe Garrel ; dial et mu : Nico. Int : Nico, Philippe Garrel, Ari Boulogne, Daniel Pommereulle, Pierre Clémenti, Jean-Pierre Kalfon (France, 1972, 90 mn)

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