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Dogman (2018)
de Matteo Garrone
publié le mercredi 11 juillet 2018

par Gérard Camy
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018

Sélection officielle en compétition du Festival de Cannes 2018

Sortie le mercredi 11 juillet 2018

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"Comme cela s’est souvent produit pour mes films, explique Garrone, il y a à l’origine de Dogman, une suggestion visuelle, une image, un renversement de perspectives : celle de quelques chiens, enfermés dans une cage, qui assistent comme témoins à l’explosion de la bestialité humaine."
Derrière cette image, il y a aussi le souvenir d’un fait divers sanglant qui fit la Une des journaux italiens en 1988. Pietro De Negri, un toiletteur pour chiens des quartiers populaires de Rome, entraîné dans une spirale criminelle et maltraité par Giancarlo Ricci, ancien boxeur trafiquant de drogue, se vengea en torturant à mort son comparse. Garrone a expliqué qu’il avait pris ses distances avec les faits, et que ses deux personnages (rebaptisés) sont totalement fictionnels.

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Dans une cité balnéaire déshéritée, Marcello, discret et apprécié, a ses habitudes, ses amis, sa place dans cette micro-société et son affaire de toiletteur de chiens marche bien. Il est divorcé et voit trop peu sa fille Alida, son rayon de soleil, encore une enfant, avec qui il partage sa passion de l’exploration des fonds marins.
Il voit revenir son ami Simoncino, un ancien boxeur, patibulaire et violent, accro à la cocaïne, qui, très vite, tel un géant à la force monstrueuse sorti de quelques contes tragiques, rôde, rackette et brutalise les habitants du quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une série de petits larcins et deale pour son "ami" en pensant aux virées en mer qu’il pourra s’offrir avec Alida.

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Mais un jour, la brute, incontrôlable, l’entraîne dans une affaire si grave qu’il terminera en prison, trahi et abandonné. Marcello, doux et malingre, solitaire et bienveillant, voix fluette et visage lunaire, tendre avec ses chiens qu’il appelle "mon cœur", fait alors l’apprentissage de la haine et de la violence. Il ne respire plus la bonté et l’amour mais l’humiliation et la vengeance.

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Derrière cette variation sur le thème de la lutte entre le faible et le fort, Garrone nous place devant quelque chose qui nous concerne tous : "Les conséquences des choix que nous faisons quotidiennement pour survivre, des oui que nous disons et qui nous mènent à ne plus pouvoir dire non."

Dès la première scène où un pittbull finit par accepter la douche que lui administre Marcello à force de mots doux et de croquettes, l’allégorie est évidente.
Ce molosse tour à tour écumant puis câlin, représente bien les deux tendances extrêmes d’une humanité bancale, incarnée par ces deux faux frères.
Garrone ausculte, l’un et l’autre, avec autant d’attention et de précision dans une mise en scène-constat sans fioritures, puissante et brillante. Cadrages acérés, lumières travaillées, montage au rasoir, cette fable cruelle et politique (la misère engendre la violence), s’enfonce dans une profonde noirceur, refuse finalement son manichéisme apparent pour gratter le sable de la folie meurtrière et laisser apparaître les effluves d’un humanisme moribond.

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Matteo Garrone repart pour la troisième fois avec un prix, décerné à Marcello Fonte, son acteur principal, absolument prodigieux - un prix d’interprétation vraiment mérité, même si le Vincent Lindon dans En guerre était lui aussi extraordinaire.

Gérard Camy
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018

Dogman. Réal, sc : Matteo Garrone ; sc : Ugo Chiti, Maurizio Braucci, Massimo Gaudioso ; ph : Nicolaj Brüel ; mont : Marco Spoletini. Int : Marcello Fonte, Edoardo Psece, Alida Baldari Cabria, Nunzia Schiano (Italie-France, 2018, 102 mn).



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