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Ballade de Narayama (la) (1983)
de Shohei Imamura
publié le mercredi 11 juillet 2018

par Gérard Camy
Jeune Cinéma n° 152, juin 1983

Palme d’or au Festival de Cannes 1983

Sorties les mercredis 28 septembre 1983 et 11 juillet 2018

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La Ballade de Narayama est la chronique d’un petit village situé dans le nord du Japon, au 19e siècle.
Des lois très précises régissent la vie de ses habitants, tiraillés par l’obsession de la faim, la frustration sexuelle, un shintoïsme primitif. Ainsi, les vieillards de plus de 70 ans doivent aller mourir sur la montagne de Narayama.

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Shohei Imamura, suivant le rythme des saisons, nous conte l’histoire de Orin, vieille femme atteinte par la limite d’âge et pourtant pleine de vitalité, qui accepte sans sourciller ce sacrifice qui établit un lien avec la génération suivante. Coutumes et traditions se perpétuent. Orin fait donc confiance à cet ordre naturel et son fils, dans un tragique accord avec cette fatalité, respecte, malgré sa tristesse, une telle loi.

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La puissance narrative et la richesse picturale du film en font une œuvre pleine, originale et insolite. S’il comporte un aspect documentaire, c’est surtout dans la manière dont Imamura le fait progresser. Pragmatique, ne proposant pas de solutions, il impose son regard d’anthropologue. Il mélange compassion, réalisme et truculence pour décrire les actes quotidiens des villageois (travaux des champs, repas, accouplements bestiaux, rites cruels) qui établissent en permanence une relation privilégiée avec la Nature.
Ce récit barbare, où mythe et légende prennent le pas sur l’histoire, atteint rapidement une dimension universelle. L’abandon des vieillards, la répression des vols de nourriture, la vente des petites filles inutiles, l’impossibilité pour les frères cadets de se marier sont des coutumes insupportables, mais les limites sont bien définies et connues de tous.

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Imamura, pour qui les Japonais n’ont pas changé depuis des millénaires, nous dit que l’image de l’être humain de notre époque déshumanisée n’est pas plus brillante.
En mettant en images la vie et la mort de Orin, il cherche à "s’éclairer sur le sens véritable de la vie humaine", comme il a déclaré.

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Et puis, La Ballade de Narayama est un film superbe, dans lequel chaque plan, cadré à la perfection, est d’une beauté saisissante. La grandiose montée vers la montagne lui donne une dimension supplémentaire : Orin, sur le dos de son fils, parcourt un long chemin vers le lieu sacré où elle restera seule, environnée d’ossements, guettée par les corbeaux. Aucune parole ne troublera cette marche harassante et digne, filmée avec une majestueuse retenue.
La Ballade de Narayama atteint alors la plénitude du chef-d’œuvre.

Gérard Camy
Jeune Cinéma n° 152, juin 1983

La Ballade de Narayama (Narayama bushikô). Réal, sc : Shohei Imamura, d’après des nouvelles de Shichiro Fukazawa ; ph : Masao Tochizawa ; mont : Hajime Okayasu ; mu ; Shinishiro Ikabe. Int : Ken Ogata, Sumiko Sakamoto, Takejo Aki, Tonpei Hidari (Japon, 1983, 130 mn).



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