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Moi et le Che (2016)
de Patrice Gautier
publié le mercredi 11 juillet 2018

par Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 11 juillet 2018

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C’est ça l’intérêt de vieillir : on ne s’ennuie plus le dimanche comme les enfants, on n’est plus jamais seul, on a les placards de l’esprit pleins de souvenirs, plus ou moins relégués, donc on a des revenants. On les reconnaît plus ou moins bien, et ce ne sont pas les plus inoubliables qui sont les plus phosphorescents.
Patrice Gautier - qui n’avait jamais pris beaucoup de place - n’existait plus dans nos mémoires, et il est quasi inexistant sur ce Net au savoir de nouveau riche.

Et puis voilà que sort sur les écrans, un film de lui, Moi et le Che, tout frais, tout neuf, qu’on déguste lentement, laissant affluer parfums et saveurs du passé.

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Le "sujet" de son film s’appelle Go, et il nous ressemble. Il est de ces générations dites "soixanthuitardes", virées progressivement de la route principale et désormais chargées de toutes les responsabilités de l’état du monde. Il est "retiré", il a lu tous les livres ou presque, il en a écrit quelques uns, et surtout, il a eu une vie et des aventures. Dont tout le monde se fout.

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Ses femmes et ses idées, ses chances et ses amis, il les réanime à coups de gueulantes et d’alcool. Et surtout, il fait une fixette sur une certaine photo, la Bolivie en 1967. Qui a trahi le Che ? Pas lui, il en est sûr, mais alors pourquoi n’est-il pas sur la photo ? Il n’a jamais eu le profil d’un martyr ni d’un héros. Mais avait-il celui d’un traître ? Ou serait-ce Photoshop, l’agent de la CIA ? "On a tous trahi, tous", vocifère-t-il, pour se sentir, un instant, exonéré.

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Dans cette crise sentimentale, cet éthylisme soutenu, cette misanthropie galopante, Patrick Chesnais assure magnifiquement, avec une énergie hors du commun, comme s’il avait vraiment été un compagnon du Che.

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Ceux qui l’entourent, Fanny Cottençon, Laurent Bateau, Philippe Nahon, Didier Flamand, Fellag, Michel Aumont jouent sur le même registre et c’est comme si Patrice Gautier avaient rassemblé les vieux de la vieille pour une dernier baroud d’honneur, avant "le long hiver" qui s’annonçait. Avec, comme contrepoint, Caroline Raynaud comme figure de la jeunesse amusée mais non concernée.

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Certains pourraient penser que le sujet est moribond, que la nostalgie, ça va comme ça et que les angoisses des anciens combattants n’intéressent personne. Ils avaient qu’à pas et ils ont eu tout faux.
Mais ils auraient tort : le film est drôle et intelligent.
S’il est clair qu’on y prend pas le même plaisir selon son âge (aux jeunes, il manque forcément des connivences et des clés), il est certain, en revanche, que la "crise" de Go est un modèle du genre, et les jeunes n’y couperont pas. Tous les humains, à toutes les époques, parfois plusieurs fois dans leur vie, se retrouvent face à un bilan général à faire, et tentent de ruser avec la corvée pour trouver un peu de sens.

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On est heureux d’avoir retrouvé Patrice Gautier.
Sa petite musique n’a pas tellement changé, celle qu’on percevait en filigrane de L’Amour ou presque (1985), celle du fil de la vie. Absurde.

Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

Moi et le Che. Réal, sc : Patrice Gautier ; ph : Christophe Legal ; mont : Nathalie Triniac ; mu : Madeleine Marchant. Int : Patrick Chesnais, Fanny Cottençon, Laurent Bateau, Didier Flamand, Philippe Caroit, Florence Thomassin, Mata Gabin, Michel Aumont, Fellag, Philippe Nahon, Caroline Raynaud (France, 2016, 90 mn).



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