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Calef, Marie & Esnault, Philippe (livre)
Henri Calef. Cinéma sans étoile (2003)
publié le lundi 4 août 2014

par Alain Virmaux
Jeune Cinéma n° 287, janvier-février 2004

Marie Calef & Philippe Esnault, Henri Calef. Cinéma sans étoile, Périgueux, éd. Pilote 24, 2003.

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Voici apparemment le premier ouvrage issu de l’association L’Image et la Mémoire.
Le label ne dit-il rien à personne ?
C’est une association créée il y a une vingtaine d’années - plus précisément en 1979 - avec l’appui du CNRS, en vue de concrétiser une initiative prise par un historien réputé, Philippe Esnault : recueillir et filmer en vidéo le témoignage de multiples personnalités, impliquées directement dans l’histoire du cinéma, réalisateurs, évidemment, mais aussi acteurs, scénaristes, opérateurs, etc.
Peu à peu se constitua ainsi une masse considérable d’archives filmées : plusieurs centaines d’heures. Restait à les rendre accessibles, et pas seulement aux chercheurs et curieux. D’où la présente publication, préfacée par l’actuel président de L’Image et la Mémoire, Jean-Charles Tacchella, postfacée par Raymond Chirat, et appuyée par Les Indépendants du 1er siècle.

Commencer la mise au jour de ces gigantesques archives par la parole retrouvée de Henri Calef, ce n’était pas une mauvaise idée. Car, pour ceux qui l’ont approché, l’homme était infiniment estimable. Strict, généreux, efficace. Pour un peu, on se laisserait aller à dire qu’on le préférait à son œuvre, mais ce serait injuste.

Après des débuts en fanfare, à 35 ans (Jéricho, 1945), il ne retrouva jamais plus, par la suite, le même niveau de réussite.
Deux de ses longs métrages - L’Heure de vérité (1964) et Féminin féminin (1973) - n’ont jamais été distribués en France. Non pas qu’on l’ait tenu en lisière (il a tout de même réalisé une douzaine de films sans parler des courts métrages et de quelques travaux télévisuels), mais il semble qu’on ne lui ait pas vraiment laissé les coudées franches. Peut-être à cause de ses opinions affichées (Philippe Esnault rapporte qu’on le surnommait jadis M. Front Populaire), et aussi d’une certaine intransigeance morale.
Son indignation rétrospective contre Et Dieu créa la femme, qui ouvrait selon lui la porte à la pire pornographie, a quelque chose d’attendrissant.
Et Raymond Chirat n’a pas tort d’écrire que le personnage de Calef pourrait être jugé "anachronique", tout en invitant à redécouvrir ses films oubliés. Par exemple, La Souricière (1949), ou encore La Maison sous la mer (1946), qu’on a pu revoir récemment sur le câble et qui révélait une Viviane Romance inattendue, en total contre-emploi.

Ces entretiens ont été filmés en 1993, un an avant la mort de Calef (1910-1993).
Philippe Esnault considère que leur retranscription lui laisse pas mal d’insatisfaction. Comment condenser, fût-ce en plusieurs heures, tant d’années d’intenses activités ?
Car Henri Calef fut aussi président de l’Association des auteurs de films, vice-président de la SACD, historien des années noires (1), et on en passe.

Au texte de ses entretiens sont joints quelques fragments de son Journal, et deux scénarios qu’il ne put tourner.
Si le terme "humaniste" n’était passablement dévalué aujourd’hui, il conviendrait tout à fait à cet homme rigoureux et exigeant. Un de ses propos le définit assez bien : il déclarait (p. 81) détester les films de Truffaut, et même "exécrer" (sic) Le Dernier Métro, mais il exceptait de cette aversion globale deux titres : Les Quatre Cent Coups et L’Enfant sauvage.

Alain Virmaux
Jeune Cinéma n° 287, janvier-février 2004

1. Notamment, Henri Calef, Jean Moulin, une vie, Plon, 1980.

Marie Calef & Philippe Esnault, Henri Calef. Cinéma sans étoile, Périgueux, éd. Pilote 24 coéd. Les Indépendants du 1er siècle et L’Image et la Mémoire, 2003, 222 p.



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