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Bousquet, Henri (livre)
De Pathé Frères à Pathé Cinéma. Catalogue 1923-1927
publié le mardi 12 août 2014

par Alain Virmaux
Jeune Cinéma n° 291, septembre-octobre 2004

Henri Bousquet, De Pathé Frères à Pathé Cinéma. Catalogue 1923-1927, Bures-s/Yvette, Éd. H. Bousquet.

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"C’est aujourd’hui le dernier jour de mon règne. Demain, je ne serai plus le patron".
Forte déclaration - aux accents pré-gaulliens - prononcée le 30 avril 1927 par Charles Pathé. Aussi le présent catalogue est-il le dernier d’une série lancée voici une quinzaine d’années, et minutieusement conduite à son terme par un homme seul : l’inusable Henri Bousquet (1).

Depuis le début des années 20, en fait, Pathé n’est déjà plus dans Pathé (2).
Après la fin de la Première Guerre mondiale, l’hégémonie planétaire de Pathé s’émiette vite : le signe le plus marquant en est la vente de Pathé Exchange aux Américains en 1921.
Après cette date, pourtant, Pathé Cinéma continue de proposer des films américains en foule, beaucoup de Chaplin, encore plus de Harold Lloyd (Lui), un des premiers Borzage (Secrets, 1924), plusieurs Roy Del Ruth avec des scénarios signés Darryl F. Zanuck, etc. Au total, nettement plus de films américains - déjà - que des films français : sur 412 titres ici répertoriés, 307 sont étrangers (quelques Allemands : Robert Wiene, Karl Grüne, E.A. Dupont), dont 270 américains. Distorsion qui surprend un instant, puisque Pathé paraissait avoir renoncé au marché américain.

Henri Bousquet explique simplement l’apparent paradoxe : les contrats de distribution signés avant 1921 (date de la vente de Pathé Exchange) restaient valides, et le demeurèrent plusieurs années. En somme, si on excepte Pathé-Baby (depuis 1922), Pathé Rural et l’usine de fabrication de la pellicule, Pathé Cinéma n’est désormais plus guère qu’une maison de distribution de films comme une autre.

Reste tout de même un dernier "sursaut" (le mot est de Bousquet).
Pathé Consortium Cinéma, avec l’apport bientôt de la Société des Ciné-Romans (Jean Sapène), tente de produire encore quelques œuvres de prestige.
Ainsi Koenigsmark d’après Pierre Benoît de Léonce Perret (1923).

Autres produits des Ciné-Romans, toujours sous l’enseigne (purement symbolique) de Pathé : deux films à épisodes, Surcouf (1925) et Le Juif errant (1926), où le jeune Antonin Artaud tint de petits rôles, obtenus sans doute par l’entremise de son parent Louis Nalpas, un des principaux responsables des Ciné-Romans. Réalisateur des deux films : Luitz-Morat, un homme longtemps oublié par les dictionnaires de cinéma, et dont le véritable nom était Maurice Radiguet. Les rapports de Artaud avec Luitz-Morat semblent avoir été exécrables, si l’on en croit telle lettre de l’auteur du Pèse-nerfs : "Nous en sommes à nous menacer de nous envoyer des claques. Quelle vie !". Parmi les autres interprètes du Juif errant, pointons le nom de Simone Mareuil : celle-là même qui allait bientôt être, aux côtés de Pierre Batcheff, l’inoubliable interprète de Un chien andalou. On découvre enfin, avec amusement, que Jacques Prévert - dont on savait qu’il avait "fait l’acteur" dans Les Grands de Henri Fescourt (1924) - y incarnait un "futur polytechnicien"…

Les scrupuleuses notices consacrées à chaque film sont souvent accompagnées de brèves appréciations empruntées aux critiques de l’époque ou aux historiens : Delluc, Vuillermoz, Lacassin, Chirat.
Extrême rigueur de l’ensemble : plusieurs index, sept pages de corrections et additions pour les précédents tomes, une iconographie choisie avec soin, une mise en pages sans défauts.
Souhaitons que Henri Bousquet, désormais libéré de son grand œuvre, enchaîne bientôt sur d’autres immersions dans le cinéma des origines.

Alain Virmaux
Jeune Cinéma n° 291, septembre-octobre 2004

1. Henri Bousquet (1923-2017) est mort le 2 août 2017. La Fondation Seydoux lui a rendu hommage le 6 mars 2018.

2. Cf. l’article sur le pénultième catalogue dans Jeune Cinéma n° 270 (septembre-octobre 2001). Profitons de la référence pour rectifier au vol deux coquilles dans cette recension : le sérial Par amour, avec Pearl White, comportait seulement 12 épisodes, et non pas 122. Quant à l’inventeur de Bécassine en 1905, avec Caumery, il se nommait Pinchon (et non Pichon). Formule consacrée : nos lecteurs avaient déjà, etc.

Henri Bousquet, De Pathé Frères à Pathé Cinéma. Catalogue 1923-1927, Bures-s/Yvette, Éd. H. Bousquet.



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