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Une valse dans les allées (2018)
de Thomas Stuber
publié le mardi 14 août 2018

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de la Berlinale 2018

Sortie le mercredi 15 août 2018

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Tiré d’une nouvelle, In den Gängen, de Clemens Meyer, coscénariste du film, ce quatrième long métrage de Thomas Struber a reçu le Prix œcuménique et le Prix de la Guilde du film au dernier Festival de Berlin.
Sur un sujet peu palpitant, la vie dans les allées d’un supermarché allemand, Stuber est parvenu à donner vie à un film à la fois tendre et mélancolique, plein de tristesse et d’espoir.
L’histoire est simple : Christian, malgré ses tatouages et un passé qu’on devine malheureux, est engagé dans un supermarché. Il tombe amoureux de Marion, déjà (mal) mariée de son côté, et devient très proche de l’homme maladroit qui l’a formé à ce métier ingrat, Bruno.

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De cette mince intrigue, le réalisateur a tiré un film d’une grâce peu commune. Ici, tout est souligné (à peine) par petites touches - l’homme solitaire qui se fond dans les allées du supermarché, le bruit de l’autoroute près de l’aire de chargement, la pause cigarette, la machine à café, le gérant de nuit qui serre la main à tout le monde à la fin du service - qui en disent long sur la cruauté de notre société, sous ses dehors policés.

Magnifiquement interprété par Franz Rogowski et Sandra Hüller, (1), mais aussi Peter Kurth, déjà dans Herbert (2015), premier film du réalisateur. Et tous les personnages secondaires parviennent à donner encore plus de crédibilité à ce supermarché et son petit monde maltraité et pourtant courageux, symbole d’une classe ouvrière que le libéralisme tente de discréditer de plus en plus, en Allemagne comme ailleurs.

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Mais malgré ses allures de film social, Une valse dans les allées est un film d’amour, qui laisse penser que le romantisme peut éclore partout, même dans les endroits les plus prosaïques. Pour une fois, le titre français frappe plus que l’original, "valse" évoquant Vienne et les fastes de Strauss, auquel le plan d’ouverture rend ouvertement hommage. Cette valse sert ici à accompagner la danse incessante des engins élévateurs dignes d’un film de science-fiction, d’où la référence à Stanley Kubrick - mais ce n’est pas la seule revendiquée, on trouve aussi des traces de Wes Anderson, Roy Andersson et Aki Kaurismäki.

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Le film est servi par une superbe photo de Peter Matjasko, mais aussi par l’excellente prestation de Franz Rogowski, venu du théâtre Les Kammerspiele de Munich, qui apporte à son personnage, lunaire, timide et peu loquace, une dimension étrange. L’histoire de Clemens Meyer, avec tous ses non-dits, est profonde et tragique. Ce film, c’est l’amour et la mort au supermarché.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Sandra Hüller, remarquée dans Toni Erdmann de Maren Ade (2016).

Une valse dans les allées (In den Gängen). Réal : Thomas Stuber ; sc : T.S. & Clemens Meyer ; ph : Peter Matjasko ; mont : Kaya Inan. Int : Franz Rogowski, Sandra Huller, Peter Kurth, Andreas Leupold, Michael Specht (Allemagne, 2018, 125 mn).



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