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Burning (2018)
de Lee Chang-dong
publié le mercredi 29 août 2018

par Patrick Saffar
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018

Sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 2018

Sortie le mercredi 29 août 2018

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Cela débute comme un boy meets girl plutôt classique : Jongsu, qui vit de petits boulots, rencontre par hasard Haemi, une amie d’enfance qu’il trouvait "moche" à l’époque. Jongsu est un garçon sans grandes qualités qui, comme Lee Chang-dong dans sa jeunesse, aspire à devenir écrivain. Il couche avec Haemi qui, à l’occasion d’un voyage en Afrique, lui donne accès à son studio afin de nourrir son chat qu’on ne verra jamais vraiment.

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Elle reviendra de ce déplacement humanitaire, accompagnée d’un certain Ben, bien de sa personne, riche mais désœuvré (on le compare à Gatsby), qui prétend passer son temps en incendiant des serres.

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Telle Léa Massari dans L’avventura, Haemi disparaîtra du film en cours de route, non sans avoir exécuté une superbe danse de la "grande faim", (1) entre Ben et Jongsu que ce dernier commence à jalouser.

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On l’a peut-être deviné, l’absence, celle qui alimente fantasmes et pulsions, est au cœur du film de Lee Chang-dong, que ce soit dans cette scène où Jongsu, seul dans le studio d’Haemi, se masturbe en contemplant une vue d’immeubles à travers l’encadrement d’une fenêtre ou bien, et surtout, dans la seconde partie de l’œuvre, après l’évaporation d’Haemi : c’est aux dimensions du paysage que s’inscrit désormais en creux la fille disparue et, pour un peu, on se croirait parcourir Le Jardin de France de Max Ernst. Si ce n’est que Jongsu, habité par la rage et le désœuvrement, ne sait que faire de ces arpents de terre qui, tout aussi bien, lui rappellent son rival (les serres, omniprésentes).

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Finalement, c’est à travers très peu d’éléments concrets que Lee Chang-dong parvient à communiquer ce désarroi général.
Mais la sécheresse des enchaînements de séquences donne en elle-même à penser à une série de décrochages mentaux d’un esprit quelque peu tourmenté (essentiellement, celui de Jongsu), sur fond de lutte de classes et de jalousie morbide.

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L’embrasement interviendra lors d’un plan-séquence étonnant, comme une issue inévitable à ce qui n’est peut-être autre que la recherche du sens de la vie.

Patrick Saffar
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018

1. Cf. la distinction entre la "petite faim" (la faim normale de nourriture), et la "grande faim" (celle du sens de la vie). La nouvelle dont s’inspire le film, Les Granges brûlées (Naya o yaku) de Haruki Murakami (né en 1949) a été traduite en français et publiée dans le recueil L’éléphant s’évapore, (Seuil, 1998).
Cette nouvelle est elle-même inspirée de L’Incendiaire (Barn Burning) de William Faulkner (1939).

Burning. Réal : Lee Chang-dong ; sc : L.Cd & Oh Jung-mi, d’après la nouvelle de Haruki Murakami, Les Granges brûlées (Barn Burning, 1983) ; ph : Hong Kyung-pyo ; mont : Kim Hyun, Kim Da-won ; mu : Mowg. Int : Ah-in Yoo, Steven Yeun, Jong-seo Yun (Corée-Japon, 2018, 148 mn).



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