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Sollers Point Baltimore (2017)
de Matthew Porterfield
publié le mercredi 29 août 2018

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 29 août 2018

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Matt Porterfield situe son quatrième long métrage, comme, du reste, les précédents, dans sa ville natale, Baltimore, ainsi que le faisait à ses débuts, John Waters, également originaire du coin.
Mais la ressemblance entre les deux cinéastes s’arrête là. Si l’auteur de Hairspray et de Polyester optait pour la caricature et le loufoque, Porterfield privilégie une approche quasi documentaire de la capitale du Maryland célébrée par Lacan ("L’inconscient, c’est Baltimore à l’aube") qu’il explore, quartier après quartier. Sollers Point est un de ces quartiers légèrement excentrés proches de l’ancien site des usines de la Bethlehem Steel, un des fleurons de la sidérurgie locale d’après-guerre.

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Les premières scènes sont captées en intérieur, dans un modeste bungalow.
Dans la semi-obscurité, un jeune homme s’habille, puis passe à la cuisine préparer son breakfast. Rien que de très ordinaire, sauf qu’il porte à la cheville un bracelet électronique. Et que les relations avec son père semblent des plus tendues. Keith, c’est son nom (l’excellent jeune comédien McCaul Lombardi) est ici en probation, autrement dit assigné à résidence avec l’interdiction de quitter son domicile, après sa condamnation à une peine de prison pour des motifs qui resteront inexpliqués.

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Dans la séquence suivante, la caméra suit le personnage débarrassé de sa chaîne alors qu’il court dans la ville comme pour se réapproprier l’espace. Il rend visite à un jardinier auquel il emprunte son pick-up puis hérite de la voiture de sa sœur. Le film détaille les visites du protagoniste à sa grand-mère, à ses anciennes petites amies, à ses connaissances, qui sont généralement noirs ou métis.

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Le réalisateur montre son héros dans sa phase de réinsertion, hésitant entre une formation professionnelle de chauffagiste qui ne le passionne pas outre mesure, des cours de dessin et des petits boulots alimentaires, comme la récupération de métaux transportés à la déchetterie.

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Les choses se gâtent lorsqu’il tombe sur des malfrats connus en détention. Il parvient néanmoins à se sortir de situations périlleuses. On constate ainsi que Sollers Point n’a pas de véritable intrigue. Les rencontres que fait Keith représentent des stations de son chemin de croix. Le regard du metteur en scène sur son personnage est distancié, sans jugement, lui donnant une chance de retomber sur ses pieds dans une ville où les services sociaux sont inexistants et où la solidarité ouvrière ne joue plus.

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Le réalisme n’est cependant ni sordide ni misérabiliste. Ce parti pris esthétique n’exclut d’ailleurs pas la poésie, grâce à la magnifique photographie du chef opérateur Shabir Kirchner. La scène de la visite au cimetière, où Keith se rend sur la tombe de sa mère, est une des plus belles du film. Enfin, l’espace s’ouvre.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sollers Point Baltimore (Sollers Point). Réal, sc : Matthew Porterfield ; ph : Shabier Kirchner ; mont : Marc Vives. Int : McCaul Lombardi, Jim Belushi, Zazie Beetz, Marin Ireland (USA, 2017, 101 mn).



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