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Rue des Cascades (1964)
de Maurice Delbez
publié le mercredi 19 septembre 2018

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n° 390, septembre 2018

Sorties les mercredis 2 décembre 1964 et 19 septembre 2018

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Il aura fallu plus d’un demi-siècle pour que Rue des Cascades de Maurice Delbez, trouve son public. Le film sortit furtivement, en décembre 1964, sous le titre, choisi par la Columbia, la major qui le distribuait, de Un gosse de la Butte, renvoyant ainsi implicitement à celle de Montmartre, lieu historique et touristique où Minnelli logea son Américain à Paris, et assurément plus vendeur que celui de la colline de Belleville où se déroule l’action. Le film fut un échec, n’étant resté qu’une semaine à l’affiche, au grand dam de son réalisateur qui fut obligé de se replier sur la télévision.

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Dans le contexte de la décolonisation, public, distributeur et exploitants n’étaient apparemment pas motivés face à un film militant, traitant par la fiction du sujet sensible du couple mixte. Thème qui était déjà celui du roman de Robert Sabatier, Alain et le nègre (1953), qu’adaptèrent le cinéaste et Jean Cosmos.

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À la question du mélange ethnique s’ajoute celle de la différence d’âge entre les deux protagonistes et celle, problématique, de la libération des femmes - la question juive étant par ailleurs, subtilement et allusivement abordée. Delbez transposa le cadre du livre, de Montmartre à Belleville et l’âge d’or des Années folles, de la Revue nègre et du bal colonial de la rue Blomet, cher à Robert Desnos et aux Antillais de Paris, à l’époque contemporaine du tournage.

Le Noir dont il est question dans le roman, comme dans le film, réunit tous les atouts : le comédien et culturiste Serge Nubret donne l’image du "bon nègre" que contesta un Paul Robeson (1). Il est jeune, beau, toujours souriant, sportif et musicien ; après avoir charmé la mère, son personnage fait tout pour conquérir l’enfant. On se retrouve plongé dans le populisme poétique d’un Robert Doisneau ou d’un Willy Ronis, photographe de Ménilmontant. Tout se passe comme si le chef opérateur, Jean-Georges Fontenelle, avait cherché à animer les clichés en noir et blanc des gamins d’un Paris dont on pressent la défiguration avec l’arrivée des pelleteuses et des grues de chantier.

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Quatre petites canailles arpentent les rues, des Buttes-Chaumont au jardin des Hauts de Belleville, dévalent les escaliers et font des niches aux passants. Les scènes, d’une grande vivacité, sont filmées in situ mais aussi en studio, dans un décor plus vrai que nature signé Max Douy, et qui devient le lieu principal du drame : le café-épicerie tenu par une mère célibataire, ayant dépassé la quarantaine, interprétée par Madeleine Robinson.

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Rue des Cascades s’inscrit dans la veine du film d’enfants qui va du Kid aux 400 Coups, en passant par Zéro de conduite, Les Disparus de Saint-Agil, Le Ballon rouge, Rentrée des classes, Les Mistons, La Guerre des boutons.

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La copie récemment restaurée redonne tout son éclat d’origine à ce film maudit. Il faut dire aussi qu’il bénéficie d’une distribution remarquable avec, en particulier, René Lefèvre incarnant le Français moyen aigri, beauf et raciste, la photogénique et piquante Suzanne Gabriello, qui cherche en vain à s’émanciper par l’adultère et le jeu nuancé de Madeleine Robinson, qui parvient à faire oublier la théâtralité d’ensemble.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n° 390, septembre 2018

1. Paul Robeson est actuellement hommagé au Musée du quai Branly : Paul Robson (1898-1976), un homme du tout-monde. (25 juin-13 octobre 2018).

Rue des Cascades (aka Un gosse de la Butte). Réal : Maurice Delbez ; sc : M.D., Jean Cosmos d’après Robert Sabatier ; ph : Jean-Georges Fontenelle ; mont : Andrée Werlin ; mu : André Hodeir ; déc : Max Douy. Int : Madeleine Robinson, René Lefèvre, Serge Nubret, Lucienne Bogaert, Suzanne Gabriello, Daniel Jacquinot (France, 1964, 87 mn).



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