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Saint Laurent (2014)
de Bertrand Bonello
publié le dimanche 21 septembre 2014

Par Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°360, été 2014

Sélection officielle compétition du festival de Cannes 2014.
Le film représentera la France pour le prix du meilleur film étranger, à la prochaine cérémonie des Oscars.

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De quel étrange amour Yves Saint Laurent aura-t-il aimé les femmes ?

Par fragments temporels, par vagues (et par vogues) successives nous entraînant jusqu’au Saint Laurent reclus et vieillissant de 1989, Bertrand Bonello s’entend à cerner le “mystère” YSL (remarquablement incarné par Gaspard Ulliel).

Le narcissisme du personnage, s’il peut ”expliquer” cette dévotion pour la silhouette féminine (du moment où, dans une boîte de nuit, il jette son dévolu sur un
futur mannequin, c’est son propre reflet qui lui est renvoyé) n’épuise pas l’attrait qu’exerce ce portrait en forme de Mondrian animé (parfois doublé d’un split-screen).

Selon la juste vision altmanienne (Prêt-à-porter), si Saint Laurent vêt les femmes, c’est pour mieux les (et se) mettre à nu.

Dès le début du film, le ton, clinique, est donné : alors que YSL évoque son douloureux passé à l’armée, on raccorde sur la mesure, au centimètre près, ici de la taille, là du bras, d’un mannequin, par une théorie de blouses blanches, véritables infirmières de la mode.
Plus tard, à l’hôpital, un gros plan de bras anonyme semble l’objet de soins similaires : c’est Saint Laurent convalescent qu’on entoure de la sorte.

Pathologie de la haute couture. Pli selon pli, la dernière partie du film (située en 1989) redouble la remémoration par le grand couturier de son passé glorieux (d’or et de cendres mêlés) par celle, tout aussi mortifère, d’un “revenant”, Helmut Berger (qui interprète YSL âgé), se revoyant à télévision dans un film de Visconti.

Mais, à l’inverse, c’est incessamment que, torturé d’angoisses, YSL se projette vers sa propre disparition, dès cette vie si jeune, si belle, si riche, et qui le conduit, lui et ses amis aux noms improbables, à rechercher l’anonymat des ébats collectifs.

Cet Yves Saint Laurent qui, enfant, joue avec un bout de bois en forme de Y est le même que celui qui, assez vite, va devenir son propre "produit d’appel" (YSL, donc) jusqu’à s‘évaporer dans d’interminables négociations capitalistiques.

Saint Laurent et martyr ?

Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°360, été 2014

Saint-Laurent. Réal : Bertrand Bonello ; sc : Thomas Bidegain ; décor : Katia Wyszkop ; cost : Anaïs Romand ; ph : Josée Deshaies ; mont : Fabrice Rouaud ; mu : Bertrand Bonello. Int : Gaspard Ulliel, Jérémie Renier, Louis Garrel, Léa Seydoux, Amira Casar, Helmut Berger, Micha Lescot, Valérie Bruni-Tedeschi, Valérie Donzelli, Jasmine Trinca, Dominique Sanda (France, 2014, 135 mn).

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