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Grand Bal (le) (2018)
de Laetitia Carton
publié le mercredi 31 octobre 2018

par Sylvie Strobel
Jeune Cinéma n°388-389, été 2018

Sélection officielle Cinéma de la plage du festival de Cannes 2018

Sortie le mercredi 31 octobre 2018

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Chaque année, en juillet, à Gennetines, un petit village auvergnat, a lieu une grande fête de la danse : le Grand Bal de l’Europe (1). Les gens y arrivent tels qu’eux mêmes, plus ou moins beaux, plus ou moins jeunes, plus ou moins chic. Des ateliers le jour, et le soir, jusqu’au petit matin, il y a bal. Le lendemain, on recommence. Là, en ces débuts d’été, tous deviennent des artistes heureux.

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On danse 7 jours et 7 nuits, polka, scottish, jabadao, sirtaki...
La mazurka enivre, les cercles circassiens fédèrent, d’interminables rondes bretonnes concentrent des groupes consentants à un bien-être communicatif. Dans le folk - où tout le monde sourit - et dans les bourrées - qui se dansent sans contact - la tradition est très bienveillante, très pédagogique, et ceci d’autant plus facilement que les rondes renouvellent, à chaque séquence, les partenaires.

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Mais il reste quand même beaucoup de danses à deux, et c’est moins évident. À deux, on se touche, des étrangers, et ce sont des "aventures" éphémères. Il y a des résidus de vague inquiétude sur l’intérêt qu’on inspire au partenaire, un reste de doute sur sa propre valeur, et, bien sûr, encore quelques vocations masculines à détenir le privilège de choisir sa danseuse. Au tango par exemple, l’expression est grave, souvent laborieuse. Mais, au cours de ce grand bal, au fil des années, les rôles de leader et de follower se sont bien établis, et cela, indépendamment du genre : c’est le critère de l’aisance qui détermine l’initiative du mouvement.

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On ne dort pas beaucoup, on perd la notion du temps, on fait corps avec l’espace. Alors pas besoin d’aimer la cornemuse pour vibrer au son des binious, des accordéons, des vielles. La communication est intense, on n’a pas d’âge, on fusionne, par la danse et par la musique. Aucun danseur ne se sent de trop sur la Terre, chacun lui appartient complètement.

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Après J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd (2), Laetitia Carton filme, en 2016, ce rendez-vous qui, en 25 ans, est devenu quasi obligatoire. "Le bonheur de danser, il faut 5 ans pour l’acquérir", précise un stagiaire, "et l’expertise, c’est bien plus long". Mais pour les spectateurs, c’est absolument jubilatoire dès la première vision.

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Sur la plage du Festival de Cannes, 71e édition, le bal a prolongé le film sans transition, avec les chaînes très discrètement organisées, se poursuivant dans la mer, dans une joie contagieuse, y compris des Japonais en smoking hilares.
Qui donc disait que "Toute joie est joie du rythme naissant d’un certain rapport de l’infini et du néant" ?

Sylvie Strobel
Jeune Cinéma n°388-389, été 2018

1. En 2018, le Grand Bal de l’Europe, à Gennetines, c’était du 20 juillet au 3 août 2018. En 2019, il commencera le vendredi 19 juillet 2018, à partir de 21h30 (19 juillet-2 août 2019). On pourra s’inscrire à partir du mois de février 2019.

2. J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd (2015)

Le Grand Bal. Réal, sc : Laetitia Carton ; ph : L.C., Karine Aulnette, Prisca Bourgoin, Laurent Coltelloni ; mont : mont : Rodolphe Molla ; son : Ingénieurs du son : Nicolas Joly, François Waledisch (France, 2018, 95 mn). Documentaire.



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